Hirst, la cerise sur le pinceau

© BDB

Elle (1) me dit avec une fleur « je veux aller voir la Collection Pinault » (2); moi je suis distrait par d’autres fleurs de cerisiers qui viennent de m’enivrer à la Fondation Cartier, œuvres de Damien Hirst, coqueluche du milieu fermé de l’art contemporain, mais totalement ignoré du (grand) public…

Sur l’affiche monumentale devant l’entrée, boulevard Raspail, les choses sont claires, le titre de l’exposition, Cherry Blossoms, Cerisiers en fleurs, est indiqué, mais dans une police gigantesque claque HIRST.

C’est sa première grande exposition en France; la galerie Perottin lui avait acheté des toiles à ses débuts; il lui reprochera plus tard, en plaisantant, de ne pas les avoir protégées sur la galerie de sa voiture…

Damien Hirst peint depuis ses débuts, dans les années 1990 : Spots Paintings, puis Spins paintings, Visual Candy, Colour space paintings, Veil paintings, et enfin Cherry Blossoms. L’évolution est assez linéaire, d’ailleurs, avec des petits ronds qui se transforment jusqu’à devenir des fleurs de cerisiers…

Loin de la joie des fleurs, son requin dans le formol avait d’abord frappé fort, à la tête des Young British Artists, en 1991, The physical impossibility of death in the mind of someone living (L’impossibilité physique de la mort dans l’esprit de quelqu’un de vivant).

Hirst est un phénomène qui fait mentir la publicité pour Le Secours Populaire Français : on met 6 générations à sortir de la pauvreté; lui, en une seule, c’était plié !

Il est né à Bristol en 1965; son père vendait des voitures, mais il a quitté sa mère quand Damien avait 12 ans, et le môme passe son enfance à Leeds, en manquant de tout…

Il rêve de fric; comme il est très malin, en plus d’avoir un évident talent plastique, son rêve va se réaliser; il suit d’abord une école d’art, puis plus tard, sa côte de prêt…

Il s’entoure d’un manager et de fonds d’investissements, comme le raconte le livre Les artistes ont toujours aimé l’argent de Judith Benhamou-Huet, dans les chapitres sur Courbet et Monet (3).

Ces Cerisiers en fleurs sont une vraie surprise : annoncés comme un événement, Hirst et sortie de Covid obligent, il s’agit d’une invitation au voyage pictural parmi 29 toiles sur les 107 qu’il a peintes ! (4)

La première salle montre des peintures de cerisiers en fleurs, le cahier des charges est respecté : un format géant a des branches qui s’entrecroisent; sur un autre, plus petit, les feuilles sont de toutes les couleurs. Toujours, le ciel est d’un bleu variable, en fond.

Ce qui saute aux yeux, en regardant de près, c’est la matière, la peinture épaisse; elle n’est pas sèche, à l’intérieur, comme dans un fondant au chocolat !

Dans la seconde salle du rez-de-chaussée, les troncs et branches grossissent sur les toiles, d’un côté, tandis que sur celles du mur d’en face, commence une autre expérience, moins réaliste, plus picturale, avec des taches très concentrées… Sont-ce encore des fleurs ?

Descendons en bas; dans la grande salle, « la peinture pousse sur la toile » comme le disait Malevitch devant la série des cathédrales de Monet.

Les toiles alternent, avec ou sans ciel bleu; sur celle du milieu du mur du fond, face à l’escalier, les trous de bleu semblent former une silhouette…

Dans la dernière salle, devant la peinture n°29, une femme dit « c’est stressant »; les teintes dominant la toile sont roses et rouges, intense; accrochée dans une chambre à coucher, l’absence de sommeil est garantie… Mais pourquoi une œuvre d’art serait-elle une infusion ?

L’absence de cartel nous aide à plonger dans les œuvres; leurs noms qui finissent tous par blossom sont à l’entrée de chaque salle.

Le confinement ont repoussé l’arrivée du travail de Damien Hirst à l’exposition, annulée 2 fois; et augmenté d’autant le temps qu’il a passé seul avec ses toiles…

Un artiste qui passe plus de temps que prévu, seul dans son atelier, à regarder son travail, à le reprendre, voilà bien un non-événement; tous les artistes font cela.

Comme la floraison des cerisiers – un rituel au Japon – est éphémère, certains critiques d’art y vont de leur couplet sur la mort (5), présente ailleurs dans l’œuvre de Hirst.

Là, il est dans la vie; il met la cerise sur le pinceau !

(1) Je lui dédis cette chronique.

(2) Lire la chronique sur la Collection Pinault

(3) L’auteur raconte aussi l’aventure du crâne incrusté de diamant For the love of God.

(4) Je peux vous y guider si vous le souhaitez : appelez-moi au 06 82 29 37 44.

(5) L’article de Richard Leydier dans le numéro 490 juillet août d’artpress, commence par évoquer une photo à la morgue et termine avec le Jugement Dernier ; oui les fleurs fanent, mais il s’agit là de peintures, qui même si elle n’est pas encore sèche, dure…

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