Le promeneur du bras de mer

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Les deux cormorans glissent sur l’eau, l’aigrette les suit sur la vase ; ils plongent, elle s’arrête ; ils émergent 15 mètres plus loin, elle les rejoint ; ils glissent à nouveau, elle avance à pattes saccadées ; une fois près d’eux, s’arrête, son bec fait le reste au bout du cou, quand dans l’eau passe une proie, qui reçoit un coup de couteau.

Les cormorans glissent, plongent, l’aigrette avance, s’arrête ; le promeneur les regarde, le long du rivage opposé.

Loctudy et Pont L’Abbé, en pays Bigouden, dans le Finistère, sont reliés par un bras de mer ; tout est calme, le soleil descend arroser le mur de la maison du bord de l’eau.

Bras de mer connu des canards ; à défaut d’une voix off, le promeneur lit sur un panneau, qu’ils font le voyage entre l’Islande, la Sibérie, pour la nidification, et ici, pour l’éducation…

Qui n’a rien de sentimentale, sourit-il intérieurement, en regardant l’aigrette et les deux cormorans : pas potes, ils ne papotent pas, chassent ensemble, ne se dérangent pas…

S’arrangent-ils comme le corbeau et le loup ? La proie au sol, le corbeau la voit du ciel, la montre au loup, qui lui laisse les restes.

Quel est l’arrangement entre l’aigrette et les cormorans ?

Le promeneur n’en sait rien ; ce mystère lui convient.

Par contre, il a froid ; il entre au Bar Les Aigrettes boire un chocolat ; le patron bat la mesure de la musique avec ses doigts sur le comptoir.

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Le lendemain, le promeneur revient. Les deux cormorans sont là, ils vont à contre-courant ; la mer monte, ils descendent vers l’estuaire ; l’aigrette, toujours sur le bord, chope ce qu’elle trouve lors des ses pauses, quand ils émergent.

Décidément, il ne fait pas chaud, le promeneur rajuste son bonnet, les cormorans replongent ; les plumes de l’aigrette s’inclinent, il y a un peu de vent.

Elle attend sans bouger qu’ils émergent 15 mètres plus loin ; elle les voit de nouveau, les rattrape.

Cette vie, un objectif professionnel en saisirait un instant, le promeneur en voit assez pour imaginer le reste…

Rentré dans la maison qu’il a louée au bord de l’eau, il enlève son manteau, son bonnet ; dans le miroir de la salle de bain, avant la douche, il découvre des mèches de cheveux dressées sur sa tête, comme une aigrette.

Près du radiateur, ensuite, ses bras s’écartent, comme les cormorans qui font sécher leurs ailes.

Le promeneur se rhabille et sort ; quand il entre au Bar Les Aigrettes, le patron bat toujours la mesure sur le comptoir.

À la fin de la chanson, le promeneur dit au patron qu’il a quelque chose à lui montrer : deux doigts de sa main gauche imitent les pas de l’aigrette, sa main droite montre le cormoran qui glisse et plonge, alors les deux doigts de la main gauche s’arrêtent, avant de continuer, 60 cm plus loin, sur le comptoir, quand la main droite se redresse…

Le patron apprécie en connaisseur du bras de mer ; le promeneur commande un blanc.

Le patron remet une chanson : il fait l’aigrette ; le promeneur fait le cormoran.

 

  1. C’est drôlement joli…un petit moment d’images heureuses rien qu’avec des mots…

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