Le titre

Le titre d’une œuvre d’art ne nous intéresse pas forcément. Soit l’œuvre nous bouleverse et son titre n’y change rien ; soit l’œuvre ne nous intéresse pas, et ce n’est pas son titre qui va nous retenir. Par contre, il est plus intéressant pour notre liberté de regard de ne pas commencer par regarder le titre de manière à laisser notre regard vivre sa vie.

 

Sa vie dépend du temps du regard qui lui-même est lié à la liberté que nous nous donnons : est-ce la durée du regard qui nous donne la liberté de nous évader dans l’œuvre, ou la liberté de notre regard qui nous permet d’accéder avec du temps à une autre dimension dans l’œuvre ?

 

Plus nous regardons plus nous devenons libres ; plus nous sommes libres, plus nous regardons ce que nous voulons.

 

Regarder souvent, plus souvent, régulièrement, c’est une pratique, un entrainement, comme un musicien joue tous les jours, un peintre peint, un sculpteur sculpte, un écrivain écrit, un cuisinier cuisine, un œnologue boit et recrache ; sans entrainement régulier, pas de fulgurance possible.

 

Notre regard prolongé nous fait voyager dans l’œuvre et dans notre esprit ; quel titre donnons-nous à ce voyage ?

 

Il se prolongera la prochaine fois que nous reviendrons voir cette œuvre, seul, ou pour la montrer à un ami, ou même lorsque cet ami venu après nous avoir entendu en parler l’aura rebaptisée.

 

Transformons le jeu du cadavre exquis des Surréalistes : tenons un carnet des différents titres que nous donnons au fur à mesure aux œuvres qui nous impressionnent, nous et nos amis ; relions les titres entre eux à chaque fois que nous voyons nos amis en buvant de bonnes bouteilles sans recracher…

Invitez vos amis à la noce

Lets’s dance ! C’est pas Bowie, c’est Rubens. La Kermesse ou Noce de village, peinture sur bois éxécutée vers 1635-1638, nous plonge dans la fête où l’on danse, se saoule, s’aime tout le samedi et le dimanche ; l’année est si dure à travailler qu’il est bon de se jeter dans l’intensité du plaisir, comme dans des vagues de joie…

 

Cette peinture est au Louvre, au 2ème étage de l’aile Richelieu ; depuis l’escalator, il ne faut pas aller vers le portrait de Jean II le Bon, mais repartir en arrière, dépasser la galerie Médicis, et ses 24 tableaux peints par Rubens, continuer tout droit, dépasser Rembrandt, continuer et c’est juste avant l’escalier Lefuel, sur la droite.

 

Soit vous y aller de votre côté, soit je vous emmène… L’idée vous plait ? Vous avez envie d’en parler à vos amis ? Ne vous gêner pas ! Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir, et c’est vrai aussi lorsqu’on regarde ; un regard gêné ne voit pas la même chose qu’un regard libéré.

 

Libérez nos camarades enfermés dans l’idée qu’ils se font de l’art où le conférencier explique ce qu’il y a à voir… Non ! Chacun voit ce qu’il voit et ressent de même face à ces paysans qui dansent comme des dingues (1).

 

Dans les visites Vu sous cet angle que j’anime (2), on regarde, on regarde encore (3) ; on pose toutes les questions qu’on veut ; on peut dire ce que l’œuvre nous évoque ; on peut regarder sans rien dire, et découvrir que les autres voient autre chose quand ils en parlent…

 

Les autres, vos amis, à qui je vous recommande vivement d’envoyer cette chronique en me mettant en copie, afin que je puisse les inscrire à la newsletter.

 

Vos amis, lorsqu’ils voient l’effet que vous a fait une œuvre d’art, ils ont envie de foncer la voir, comme Eddy Mitchell, dans le film Round Midnight de Bertrand Tavernier, 1986, qui entre dans un bar, voit un type s’écrouler après avoir bu son verre et demande : « La même chose ! »

 

(1) Vouloir danser, sans attendre, c’est le sujet de I want to see the bright lights tonight, merveille de rock anglais : https://www.youtube.com/watch?v=57PENuNVapc

 

(2) Sur rendez-vous : appelez-moi au 06 82 29 37 44 pour convenir d’une date à proposer à vos amis.

 

(3) Regardez, regardez, sinon nous sommes perdus, dans l’esprit du « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ! » de Pina Bausch.

Notre part sauvage

Novak Djokovic a remporté l’US Open le 9 septembre. Au mois d’aout il avait gagné le tournoi de Cincinnati, et en juillet, Wimbledon ; mais en juin il avait été sorti en ¼ de finale à Roland Garros, ce qui l’avait beaucoup déçu. Il fit alors un break – hors des courts – pour aller randonner avec sa femme, dans le sud de la France.

 

En haut de la Montagne Sainte-Victoire, sur le Pic des Mouches (1), je suppose, ils se sont assis pour admirer la vue à 360°. Djokovitc a dit dans une interview qu’il y a puisé une nouvelle inspiration, une nouvelle motivation.

 

Avant lui, Paul Cézanne allait régulièrement se ressourcer sur les chemins qui mènent à la Montagne Sainte-Victoire ; la soixantaine d’œuvres qu’elle lui a inspiré, a beaucoup participé à leur reconnaissance commune (2).

 

Djokovic aime gagner, mais c’est en se laissant happer par la beauté infinie du paysage provençal, en se laissant dépasser par plus fort que lui, qu’il a trouvé l’énergie pour rester à l’intérieur du court de tennis, le temps des matchs, pour atteindre la victoire.

 

Lorsque nous regardons une œuvre d’art, le match n’est pas entre elle et nous, mais à l’intérieur de nous-mêmes, où est stockée notre énergie contemplative…

 

Combien de temps sommes-nous capable de regarder une œuvre d’art ?

 

Les visites Vu sous cet angle sont des occasions de découvrir des angles de vue nouveaux sur des œuvres ; mécaniquement le temps de regard augmente d’autant…

 

Ce n’est pas la connaissance qui fait le regardeur, mais la conscience qu’il a de son regard.

 

Les visites Vu sous cet angle favorisent cette conscience, donc les regards, comme le savent bien ceux d’entre vous qui y ont déjà participé.

 

Si des amis à vous ne connaissent pas cette expérience et que vous pensez qu’ils seraient contents de la faire, n’hésitez pas à me donner leur adresse e-mail afin que je les contacte de votre part.

 

Revenons à la photo de Djokovic : il vient de gagner, il libère son énergie ; une œuvre d’art qui nous touche, libère de l’énergie en nous ; laissons la rugir comme les 40ièmes rugissant (3) ; une œuvre d’art qui nous touche parle à notre part sauvage.

 

(1) La Montagne Sainte Victoire est un massif de 160 km2, dont le sommet, le Pic des Mouches, culmine à 1011 m.

 

(2) Pourtant Emile Zola le voyait comme un looser, alors qu’ados d’Aix, ils étaient inséparables ; mais Zola n’admettait pas que son ami d’enfance reste sauvage, entièrement préoccupé par son art. Zola est un grand écrivain ; Cézanne un génie.

 

(3) Les 40ièmes rugissant se situent entre les 40ièmes et 50ièmes parallèles, dans l’hémisphère sud, là où les vents, qu’aucune terre où si peu n’arrête, soufflent et forment une mer déchainée…

Trop près

L’autoroute signe la fin des vacances : certains roulent à 130 km/h, talonnés par d’autres qui les collent jusqu’à ce que la voie soit libre…

 

Aux toilettes hommes si nous nous installons juste derrière celui qui se soulage, il s’interroge ; dans le métro aux heures de pointe, si nous collons notre voisine, ça l’énerve ; au distributeur si nous sommes trop près de la personne qui retire de l’argent, elle s’inquiète…

 

Revenons sur l’autoroute A 10 où parfois s’affiche sur un portique, une plaque minéralogique avec la mention : trop près. Mais quelqu’un qui conduit trop près peut-il changer d’attitude, grâce à une formule vue à 180 km/h, et sous réserve qu’il connaisse sa plaque par cœur, ou qu’il soit interpellé par l’idée même que son absence totale de sens des distances est hyper stressante pour les autres ?

 

Quittons l’autoroute pour aller au Musée d’Orsay, voir L’Origine du Monde qui nous donne la sensation d’être trop près d’un sexe féminin. L’Origine du Monde fut peint en 1866, par Gustave Courbet et vendu à Khalil-Bey, érotomane ottoman ; plus tard Lacan en devint propriétaire.

 

Khalil-Bey dissimulait le tableau derrière un rideau ; Lacan demanda au peintre André Masson, son beau-frère, de réaliser un tableau écran à mettre devant. Aujourd’hui, il n’y a plus de « cache-sexe », mais le Musée d’Orsay (1), conscient du pouvoir troublant de cette œuvre, l’a installée dans une salle à laquelle on accède par une autre (2), sans qu’on puisse dire que le tableau soit… trop loin.

 

Ce tableau est-il cadré de très (trop) près ? Tout dépend de notre rapport avec « ça » ; il est toujours intéressant voire franchement poilant de regarder à la dérobée non pas le tableau mais comment les gens le regardent…

 

(1) Le Musée d’Orsay possède L’Origine du Monde depuis 1995.

 

(2) L’Origine du Monde est accrochée dans une salle dédiée à des peintures de Courbet, derrière une autre salle où sont accrochées des photographies en noir et blanc de tout petit format ; cette salle est à gauche de la galerie principale, au niveau d’Olympia.

Vive les vacances !

La coupe du monde vient de se finir et comme la France a gagné, tout le monde est content en France ou presque… Enlevons le presque, sur un évènement pareil, il faut simplifier, c’est le côté grossier du succès ; la victoire fait autant de bien que la défaite, du mal !

 

Je vous souhaite de très bonnes vacances, sans record à battre, ni étoiles à accrocher à votre maillot de bien…

 

J’ai vu que Ducasse ne ratait pas l’occasion avec cette 2e étoile sur le futur maillot des joueurs, d’inciter les vacanciers argentés à faire le tour des 2 étoiles…

 

Vive les vacances pour s’allonger dans l’herbe le soir sous les étoiles et se laisser aspirer par l’immensité avant que les moustiques ne sifflent la fin de la récrée…

 

Rendez-vous en septembre pour de nouvelles aventures !