Suivons Franz Biberkopf !

Franz Biberkopf est le personnage au centre de Berlin Alexanderplatz, roman d’Alfred Döblin, publié en 1929 (1). Dans les quartiers populaires autour d’Alexanderplatz, les hommes sont des truands, les femmes font le tapin : ça vit d’embrouille, ça grouille, parle politique, ça s’aime, ça boit du schnaps, de la bière…

 

Pensons-y ce soir en terrasse !

 

Berlin Alexanderplatz est au programme d’Arte.tv (2) en hommage aux « 75 ans » de Fassbinder (1945 – 1982), cinéaste majeur des années 70. Parmi ses œuvres,               Le mariage de Maria Braun, Lili Marleen, avec son égérie Hanna Schygulla ; Tous les autres s’appellent Ali, sans elle.

 

Rainer Werner Fassinder lit Berlin Alexanderplatz à 14 ans ;   il est marqué à vie… Il en fera un film, sorti en 1980, à la demande de la télévision allemande : une série en 14 épisodes (3).

 

Franz Biberkopf sort de 4 ans de prison au 1er épisode ; il a tué sa compagne Ida. Il fait le serment de devenir honnête, ce qui est impossible dans Berlin à cette époque…

 

L’atmosphère des bas-fonds baigne dans une lumière très travaillée par Fassbinder ; il manie le clair-obscur, Rembrandt n’est pas loin, le Romantisme, proche.

 

Franz Biberkopf, alias Günter Lamprecht, est magnétique ; il rit, dit des poèmes, chante, hurle, regarde, cogne, caresse. Son énergie d’ogre devenu manchot est l’essence du film.

 

Face à Biberkopf, il y a Reinhold, son opposé, qui bégaie, a un problème avec les femmes qu’il séduit, une vision noire de l’existence ; les deux s’attirent, pour le pire…

 

Suivons Franz Biberkopf dans ce  voyage à travers les profondeurs de l’âme ; la farce est de mise qui attise une réflexion sur le destin.

 

(1) Berlin Alexanderplatz, dernier chef-d’œuvre de la littérature allemande d’avant 1945, est facile à trouver en librairie via le site :

https://www.librairiesindependantes.com/

 

(2) Faute de cinéma et de théâtre, vive Arte !

 

(3) Les 14 épisodes s’avalent vite, c’est intense ! Arte.tv est visible sur votre ordinateur, que vous reliez sur votre écran de TV – a priori plus grand que l’autre – par un câble HDMI, en vente partout ; je ne vous apprends sans doute rien…

 

 

 

Le livre de l’ivresse

« J’allumais deux cigarettes et lui en passait une. Elle avala une profonde goulée. Je m’appelle Harry Jordan [… ]. – J’ai trente-deux ans, et lorsque je ne travaille pas, je bois. Son rire ressemblait beaucoup à un tintement de clochette. – Je m’appelle Helen Meredith. J’ai trente-trois ans et je ne travaille pas. Je bois tout le temps. »

 

Tel est le ton d’Une fille facile, 1955, roman noir de Charles Willeford (1919-1988) écrivain américain de polar, connu plus tard pour Miami Blues, 1984, le premier roman de sa série de quatre avec le flic désabusé, Hoke Moseley.

 

Une fille facile (1), dont le titre original est Pick-up (2) est un roman noir dont la violence ne passe pas par le meurtre ou le cassage de gueule, comme dans Miami Blues  ; il y en a, mais à peine. Il s’agit d’une descente dans l’ivresse, alors que l’amour monte.

 

En haut de la couverture du livre, « He holed up with a helpless lush » peut se traduire par : « Il se terra dans un dénuement exubérant  » ; au-delà de l’alcool – ils boivent du gin pour de bon – il est enivré par son aura d’ange déchue.

 

Les terrasses des bars rouvrent mardi 2 juin 2020 en zone orange (3) ; Une fille facile est le livre de l’ivresse, pour se préparer ; les bars ne sont pas des salons de thé…

 

(1) Une fille facile se trouve facilement en poche https://www.librairiesindependantes.com/

Ce site vous permet de le commander, mais surtout de savoir dans quelle librairie vous pouvez le trouver près de chez vous ; vive les libraires indépendants !

 

(2) Pick-up : ramasser ; souvent Harry ramasse Helen…

 

(3) L’Île-de-France est en zone orange.

Crazy Créteil !

Entre Maison Alfort, Choisy-le-Roi, Bonneuil-sur-Marne, Saint-Maur-des-Fossés, qu’y a-t-il de fou à Créteil ? Une préfecture, un hôtel de ville, des archives départementales, un palais de justice, une sculpture, des tours de banlieue,  comme on n’en voit nulle part ailleurs… Et un lac.

 

Au début des années 1970, à Créteil, les architectes y sont particulièrement audacieux, imaginatifs comme le montre la brochure éditée par le CAUE (1).

 

« En regardant la Préfecture [ ses longues parois cuivrées bordent le lac ] m’a fait remarquer un confrère, pourtant souvent critique, on sent que vous avez été heureux en la réalisant… C’est vrai ! » avoue Daniel Badani l’architecte avec Roux-Dorlut.

 

Derrière, au milieu d’un rond-point, se dresse une sculpture comme un œuf géant brisé, de Jean Cardot, en mémoire de la Résistance ; à l’intérieur, plusieurs textes dont un de Robert Desnos (2).

 

L’Hôtel de Ville est une audace architecturale de Pierre Dufau (3) : le terrain trop meuble au bord du lac lui inspire un pilier central en haut duquel il suspend son bâtiment. Bluffant !

 

Empilez deux moitiés de bâtiments sur quatre socles carrés, vous obtenez le dessin des Archives Départementales du Val de Marne, dessinées par Daniel Badani et Pierre Roux-Dorlut : elles ressemblent à une rampe de lancement de fusée…

 

Les arrêtes pentues et fendues du Palais de Justice (4) dessiné par Daniel Badani et Pierre Roux-Dorlut (5), m’évoquent des mats de bateaux.

 

Créteil a été une zone maraîchère, la Plaine Pompadour ; l’architecte Gérard Grandval pense-t-il à des choux en dessinant les balcons des tours de la Cité des Choux (6) ?

 

Reste le lac. Il est artificiel, aménagé dans une ancienne carrière de gypse et de graviers. Des oies bernache, cygnes, grèbes huppés y vivent ; ces derniers sont de la famille des podicipédidés – bon exercice de diction.

 

Le grèbe est un super plongeur, il peut rester plus de 3 mn sans remonter ; il est aussi un super dragueur dont la parade nuptiale (7) dégage un érotisme digne du Crazy Horse !

 

(1) CAUE : Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement ; sa brochure s’intitule Patrimoine 70’s : Créteil, un autre regard (facile à trouver sur internet, mais le lien ne fonctionne pas !).

 

(2) « J ‘AI RÊVÉ TELLEMENT FORT DE TOI -J’AI TELLEMENT MARCHÉ TELLEMENT PARLÉ TELLEMENT AIMÉ TON OMBRE QU’IL NE ME RESTE PLUS RIEN DE TOI. IL ME RESTE D’ÊTRE L’OMBRE ENTRE LES OMBRES, L’OMBRE QUI VIENDRA ET REVIENDRA DANS TA VIE ENSOLEILLÉE. »

 

(3) Pierre Dufau est l’architecte en chef de l’ensemble du programme du nouveau Créteil. Son style “cistercien ” fait de formes simples, puissantes, sans fioritures, est expliqué sur son site : http://www.pierre-dufau.com/historique.cfm

 

(4) Il a l’activité la plus importante après Paris et Bobigny.

 

(5) Surnommés « les orfèvres de la grande échelle », ils dessinent aussi la Tête du pont de Sèvres ; les 3 tours sont restaurées par Dominique Perrault en 2007.

 

(6) Ces immeubles « choux », connus dans le monde entier,  sont très présents dans le film Tellement proches, de Olivier Nakache et Eric Toledano, sorti en 2009.

 

(7) Pour voir la parade, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=8klOrMKfQLE

 

 

 

 

Nos faces cachées

Alain Finkielkraut, invité du 7 / 9 de France Inter mardi 19 mai, déplore que les masques l’empêchent de voir les visages des gens quand il descend dans la rue ; je déplore qu’il n’ait eu que ça à dire à propos des masques, en dehors de rappeler, encore heureux, qu’ils sont indispensables.

 

Les masques masquent une partie du visage, d’où leur nom ; occasion de s’intéresser à la partie non masquée… Les yeux, le regard qui va avec, tiens donc !

 

Depuis longtemps, dans la rue, on ne peut pas dire qu’on se regardait tant que ça les uns les autres ; on avait du temps devant nous, pensions-nous…

 

Le covid a changé la donne et dans la nouvelle, non seulement des regards s’allument, après deux mois de confinement, mais en plus, certains masques sont beaux, originaux, artisanaux, fait avec une machine ressortie de l’armoire…

 

Il y a des couturiers d’occasions, et de vraies couturières ; elle était dans un cirque chargée de faire des costumes, mais l’envie d’indépendance, d’un atelier, a sonné !

 

Depuis le covid, les gens lui apportent des tissus, magnifiques, précieux ; évidemment, on ne va se mettre un vieux slip sur la tête, sans compter que la mode n’est jamais loin à Paris où paraître revient au galop avec tant de naturel.

 

La mode repose sur la séduction, le besoin de légèreté, de rêve, qu’a bien compris son industrie ! Les masques artisanaux répondent d’une autre manière aux mêmes besoins : ils transforment les queues à la boulangerie, boucherie, poissonnerie, en nouveaux défilés !

 

Loin de la mode, Bob Dylan avertit les Masters of War « I see you through your mask » (1) ; sa chanson est dure, comme la guerre.

 

Loin de la guerre, j’ai vu un masque africain imprimé sur un tissu accroché au visage d’un passant ; il m’a fait penser à Picasso qui leur prêtait des vertus protectrices et s’en est inspiré dans toute son œuvre, malgré sa formule :  « L’art nègre ? Connais pas ! » (2).

 

Notre œuvre à nous, si nous en avons une à accomplir, n’est-elle pas de découvrir nos faces cachées ?

 

(1) Pour écouter la version de Masters of War par The Avener, alias Tristan Casara, DJ français d’électro house, né en 1987. Bob Dylan a aimé sa version ; elle emmène sa chanson dans un autre monde qui ne sait peut-être même pas qu’il existe : https://www.youtube.com/watch?v=KGFagK-LuQo

 

(2) La formule cache le génie comme l’arbre la forêt ; le catalogue de l’exposition Picasso primitif au musée du Quai Branly en 2017 ne cache rien :

https://www.dessinoriginal.com/fr/catalogue-d-exposition/8306-catalogue-picasso-primitif-musee-du-quai-branly-9782081377066.html

 

 

 

 

Voyage en frigo

Guide conférencier, avide de visites que le covid évide, j’ouvre mon frigo aux regards. C’est un Ariston, marque italienne du groupe Ariston Thermo. Aristide Merloni, lui donne son nom d’après le sien. En grec, Ariston signifie le meilleur.

 

Mon frigo est un frigidaire, jusque-là tout le monde suit ; Frigidaire, marque créée par General Motors en 1918, revendue dans les années 1970 au groupe Électrolux.

 

À l’origine, le frigidaire est mis au point pour climatiser les voitures ; cette invention vient des USA, pays de la clim’ et des frigos armoires…

 

Mais le plus drôle, Baltazar von Platen et Carl Munters, deux ingénieurs suédois de l’Institut Royal de Technologie de Stockholm, inventent en 1922 (1), le réfrigérateur à absorption de gaz (2) ; maintenir au frais en Suède…

 

Question essentielle : qu’y a-t-il dans mon frigo ?

 

Yaourts nature, confiture, œufs, plusieurs fromages dans leurs paquets, concombre dans une assiette ; la moitié d’un très bon gâteau aux pommes…

 

Faut-il mettre le fromage au frigo ? Et les œufs ? Le beurre, tout le monde est d’accord, les yaourts aussi !

 

Qu’est-ce qu’un yaourt, yogourt, yoghourt ?

 

Un lait fermenté par le développement des seules bactéries lactiques thermophiles Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus et Streptococcus thermophilus qui doivent être ensemencées simultanément et se trouver vivantes dans le produit fini (3).

 

Dans mon frigo, les yaourts entourent le concombre ; le Tzatziki est à l’horizon…

 

On voyage en frigo !

 

(1) Commercialisé par Elektrolux en 1925 ; le k se change en c plus tard…

 

(2) Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9frig%C3%A9rateur_%C3%A0_absorption_de_gaz

 

(3) C’est la définition officielle française depuis 1963 précisée par le décret de 1988. D’un pays à l’autre, les législations peuvent cependant différer, et les goûts itou !