Au cœur de Vu sous cet angle

La nouvelle vidéo Vu sous cet angle est installée sur la page d’accueil du site vusouscetangle.net, à l’intérieur du cadre doré ; il suffit de cliquer.

 

Suggestion : si elle vous a plu, dès que vous avez un moment de libre, envoyez-la à ceux de vos amis qui ne sont pas déjà inscrits à cette newsletter…

 

Cette vidéo dans laquelle on voit ce mascaron – masque de la Renaissance, parmi les 380 qui ornent le Pont Neuf – a été tournée dans le centre de Paris ; elle montre l’esprit des visites Vu sous cet angle.

 

Ces visites ont lieu dans des quartiers, musées, jardins, recoins, d’un côté ou de l’autre du périph : tout est possible dans la limite des rêves disponibles…

 

Le plus simple est de m’appeler au : 06 82 29 37 44

Regardons la taille des murs

Au Louvre, dans l’aile Denon, la salle de La Joconde vaut le détour en ce moment. Encore La Joconde ? Non, il s’agit de la salle dont les murs vont être repeints. L’actuelle salle a été inaugurée en avril 2005 ; c’est la plus visitée du musée ; ses murs ont besoin d’une rénovation.

 

Les échafaudages vont réduire l’espace de la salle, occulter une partie de ses murs, alors que c’est leur nudité – sans aucun tableau accroché dessus – qui vaut le coup d’œil.

 

Profitons vite de ce moment rare avant que le chantier de peinture ne commence, pour regarder les immenses murs nus de cette salle de 840 mètres carrés.

 

Regardons les murs au lieu d’emmurer nos regards !

 

 

Admiration, fascination, sinon ?

Mardi 19 février 2019, France 2 a organisé au Cirque d’Hiver, un concours d’éloquence animé par Laurent Ruquier. Les performances des 12 candidats, différents, émouvants, drôles, ont été appréciées par un jury de 6 personnalités, dont Bertrand Perrier. L’art oratoire est plus intéressant que l’espoir de devenir une star dans The Voice.

 

Le 4 février 2019, a eu lieu au théâtre du Rond-Point Le Grand oral désopilant du barreau de Paris, joute oratoire animée par le même François Perrier (1).

 

Les avocats savent parler, ils s’amusent entre eux dans ce show. Dans le concours d’éloquence de la télé, le but était de gagner, au moins de se faire remarquer par sa parole.

 

Kylian M’Bappé, joue au foot comme personne et Bertrand Perrier, encore lui, rappelle qu’en plus, il sait parler dans un style personnel lors d’interviews d’après match, à la différence d’autres joueurs répétant du « prêt-à-dire » comme il existe du prêt-à-porter.

 

Imaginons qu’on supprime ces interviews. On n’a aucun besoin d’entendre parler les joueurs, joueuses ; leurs corps, jeu, gestes nous ont déjà raconté tant d’histoires : coup franc qui lobe le mur et finit sa courbe en pleine lucarne, feinte de corps qui déséquilibre le défenseur, passe dans l’axe pour le buteur…

 

Pour ceux et celles qui préfèrent le théâtre, La 107eme minute, écrit par Anne Delbée, femme de théâtre, à partir du dernier coup de boule de Zidane, est une passerelle (2).

 

Loin de tout cela, d’autres gestes sont admirables : la découpe des courgettes en tagliatelles qui prennent la lumière tel un collier, ou une Accumulation d’Arman (3) ; l’enduit de lissage étalé avec une large spatule qui rendra la séance de ponçage sans objet ; la chorégraphie du colleur d’affiches, spectacle fascinant sur le quai du métro, le temps qu’arrive la rame.

 

Admiration, fascination, sinon ? Dans la chanson Bronze du dernier album de Bertrand Belin (4), Persona, il y a un parc, avec des statues en bronze, une famille qui passe, et au loin un pauvre type qui clope et remonte son froc.

 

(1) Bertrand Perrier, avocat à la cour de Cassation, est aussi pédagogue dans le film À voix hautes où il entraine une classe d’étudiants pour un concours d’éloquence.

 

(2) https://livre.fnac.com/a1881829/Anne-Delbee-La-107e-minute

 

(3) Arman Fernandez, dit Arman (1928-2005) fut un artiste franco-américain, fondateur avec Yves Klein des Nouveaux Réalistes, connu pour ses « accumulations », fruits de ses fréquentations régulières du Marché aux Puces.

 

(4) Bertrand Belin est un auteur, compositeur, chanteur, guitariste, romancier. Pour écouter la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=nChyezc4hp4

 

L’urinoir du Saint André des Arts

Le Saint André des Arts est une salle Art et d’Essai, ouverte par Roger Diamantis en 1971(1). Il était grand cinéphile, il devint propriétaire d’un cinéma, pour passer des films dont personne ne voulaient ailleurs.

 

La Salamandre d’Alain Tanner fit 300 000 entrées en 2 ans ; L’Empire des sens de Nagisa Oshima fit 10 000 entrées en 15 jours.

 

Les toilettes hommes du Saint André des Arts ont deux urinoirs sans séparation, un double urinoir en somme ; cette chronique n’a rien de spécifiquement masculin, mesdames, même si l’urinoir l’est, c’est certain.

 

Je les ai visités en allant voir L’ordre des médecins, très bon premier film de David Roux, où le héros, jeune pneumologue, joué par Jeremy Renier, excellent, accueille sa mère dans son hôpital, pour un cancer en phase terminale.

 

Ces toilettes m’ont fait pensé à l’urinoir de Marcel Duchamp – modèle analogue – fabriqué par l’entreprise Robert Mutt, qui fut présenté en 1917 à L’Armory Show, à New-York, sous le nom de Fountain.

 

Fountain fit scandale, l’urinoir fut immédiatement retiré de l’exposition qui se voulait sans règles, mais faut pas exagérer, ce que Duchamp n’omit pas de faire remarquer, tout en passant à la postérité.

 

Pourquoi Duchamp est-il un génie avec son urinoir ? Parce qu’il nous invite à regarder ce que nous négligeons d’habitude.

 

Il a appelé Foutain un Ready made, objet manufacturé, transformé par lui en objet à regarder.

 

L’urinoir du Saint André des Arts est remarquable en étant double, sans séparation, blanc évidemment, mais avec des carreaux bleu foncés qui donnent du raffinement à ce lieu étroit où je m’y suis soulagé en imaginant cette chronique.

 

Dans la famille des Ready made, on trouve aussi : la roue de vélo sur le tabouret (comme socle), le porte-bouteilles (vides), la pelle à neige, le collier de serrage (2), etc…

 

Des objets souvent rangés dans un garage, une cave ; des lieux où l’on peut s’accorder un moment peinard pour regarder, se reposer, rêver, entrer en relation avec soi-même… Préparation mentale idéale pour être prêt le jour venu devant une œuvre d’art.

 

Roger Diamantis disait : « Dans les années 1950-60, nos salles attiraient en grand nombre les spectateurs qui avaient le goût de l’art et essai. Maintenant, beaucoup ont le goût de l’art, mais peu ont gardé le goût de l’essai…».

 

À chaque fois que nous allons voir des œuvres d’art dans une exposition, la collection permanente d’un musée, essayons de regarder assez.

 

(1) Pour en savoir plus sur les Saint André des Arts :

http://cinesaintandre.fr/fr/cinema/

 

(2) Lors de la visite au musée d’art contemporain du Centre Pompidou, j’ai une surprise pour vous avec le collier de serrage…

Très en formes, Vasarely !

Comme à Thoiry, les zèbres nous accueillent à l’exposition de Vasarely (1). Deux peintures et une encre de Chine. La grande peinture fait plus d’effet vue de l’extérieur de l’exposition à gauche de l’entrée, sinon on est trop près.

 

L’encre de Chine, Zèbres-A, 1938, nous plonge au cœur de l’art du jeune Vasarely ; il a 32 ans. Formé au Mühely, « petit Bauhaus » à Budapest, le hongrois arrive à Paris en 1930, et travaille comme graphiste publicitaire.

 

Zèbres-A ouvre l’univers de Vasarely : les zèbres sont encore zèbres et déjà commence son travail hypnotique : notre regard tourne avec les rayures…

 

Son œuvre à venir est annoncée : styliser la réalité, la passer au tamis des formes pures, les combiner, combiner, combiner… Et nous d’être aspirés !

 

Vasarely utilise ce qu’il trouve là où il est : « Belle-Île, Magnifique ! Je suis fécondé. Il faudrait que je travaille jour et nuit ». Le travail donne Goulphar, 1947.

 

Dans le métro, passant régulièrement par la station Denfert-Rochereau, il observe les carrelages craquelés, imagine des paysages colorés comme Yellan II, 1949-1960. Le métro, excellent moyen de transport !

 

Les craquelures l’inspirent ; il dit à Denise Renée rencontrée au Flore, gênée par son vernis à ongle craquelé : « Mais ce n’est pas si terrible d’avoir un ongle écaillé ! ».

 

Une passion commence ; elle tient une galerie d’art, après s’être essayée à la mode. En 1955, il l’aide à monter l’exposition « Le mouvement » sur l’art optico-cinétique. L’expo, la galerie, la galeriste et l’artiste vont entrer dans l’histoire. Vasarely, 1955, est un grand cru !

 

C’est l’année de Ujjaïn, une peinture en noir et blanc, réseau de lignes verticales et diagonales… qui m’évoquent un carreau cassé dans une maison de rêve.

 

Vasarely veut que tout le monde rêve : il invente un jeu où des petits carrés de couleurs vives se combinent avec des cercles, quasi à l’infini ; le jeu est visible dans une vitrine, Folklore planétaire, participations n°1, 1969.

 

Dans une vitrine… Fini de rire ! Une rétrospective est un hommage, pas une salle de jeu. Dans la reconstitution partielle de la salle à manger de la Deutsche Bundesbank, on ne commande plus de saucisses de Francfort…

 

Cette décoration date des années 70 où le monde respirait Vasarely, d’outre Rhin, donc, à la façade de l’immeuble de RTL ; de la Cité U de Caracas à la gare Montparnasse. Puis l’entrain a déraillé, même sa Fondation d’Aix a failli y passer, mais son petit-fils, Pierre Vasarely, est venu la sauver à la fin des années 2000 (2).

 

Vasarely a écrit : « Je ne suis pas pour la propriété privée des créations. Que mon œuvre soit reproduite sur des km de torchons m’est égal ! Il faut créer un art multipliable ».

 

Vive les torchons imprimés ! Primes à ceux qui font la vaisselle, et si les assiettes sont en porcelaine, Zebras, 1977, la boucle est bouclée !

 

Les ronds, carrés, grossissent, l’hypnose s’amplifie. Devant Szem, 1970, une femme déplore son astigmatisme. Nous sommes tous astigmates devant Vasarely !

 

Retour aux petits ronds, comme les boutons d’une mercerie : Orion MC, 1963.

 

Des murs noirs de la dernière salle – excellente idée de muséographie – jaillissent Vega 222, Vega-Zett 2, Vegaltar, toutes des années 70 ; grosses boules, déformations de lignes et de ronds, retenues dans leurs cadres… Faîtes gaffe quand même !

 

(1) https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cEgR5on/rKGEn7e

 

(2) http://www.fondationvasarely.org/visites-et-activites/les-visites-guidees/