Tous à la Générale le 26 mai

Chaque semaine vous recevez une chronique inspirée par mes coups de cœur Vu sous cet angle. Ma vie en dehors de la culture m’a fait découvrir, en novembre 2017, la Cantine des Pyrénées. Depuis, j’y suis bénévole une fois par semaine, pour préparer et servir des repas à midi du lundi au vendredi, à ceux qui sinon ne mangeraient pas ou mal.

 

Cette cantine (1) ne reçoit aucune subvention : c’est sa force et sa faiblesse ; nous devons payer un loyer de 1500 € /mois, charges comprises. L’argent provient un peu des repas servis (4 € pour ceux qui peuvent) et surtout des repas de soutien, parmi lesquelles la soirée de samedi prochain :

 

Grande Fête de la Cantine des Pyrénées

samedi 26 mai à partir de 19 h

à La Générale

14 avenue Parmentier 75011

métro Voltaire

 

Il y aura des concerts, dont Tarace Boulba, du couscous,       à boire, et DJ Morf pour danser !

 

La Générale est un grand lieu associatif concerné par la solidarité ; vous en apprendrez plus sur place, mais en voici un avant-goût (2).

 

À samedi 26 si vous pouvez passer ; j’y serai à partir de 20 h.

 

(1) Dans le petit livre, La cantine des Pyrénées en lutte – que vous pourrez acheter le 26 mai – Mathieu, l’un des fondateurs, écrit en introduction :

 

Pourquoi la cantine ?

Pour partager,

Pour manger,

Pour rencontrer,

Pour essayer,

Pour changer,

pour confronter,

Pour discuter,

Pour rire,

Pour apprendre,

Pour lutter.

 

(2) Pour tout savoir sur la Générale sans avoir osé poser la question : https://www.lagenerale.fr/?p=285

Guerre et paix à Berlin

Une croisière sur la Spree à Berlin est une expérience bouleversante pour qui connait l’esprit des croisières sur la Seine à Paris, où un pont chasse l’autre, le long des quais dominés de façades prestigieuses. Berlin a été bombardée à la fin de la seconde guerre mondiale – Paris outragé, à côté ? – puis la guerre froide fit construire le mur dont la chute remonte à moins de 30 ans. La croisière sur la Spree traverse une ville moderne, ponctuée de quelques monuments anciens.

 

Souvenir de guerre, le Reichtag, incendié en 1933, soi-disant par Marinus van der Lubbe, syndicaliste hollandais, mais en réalité par les nazis eux-mêmes, pour en accuser les communistes ! Restauré depuis, le Bundestag est dominé par une coupole moderne signée Norman Foster ; point de vue panoramique à 360° sur Berlin ! (1)

 

Souvenir de guerre, l’énorme blockhaus intégré dans le Pallasseum, à l’ouest du Park am Gleisdreieck : un immeuble moderne dont l’autre particularité, plus joyeuse, vient de ses multiples paraboles sur les balcons, peintes en tournesol, rose, tête de chat, capsule de bière…

 

Souvenir de guerre froide, le mur de Berlin, tombé en 1989, dont on voit des morceaux entiers dans le nord de la ville, au Gedenksätte Berliner Mauer : un mirador, le no man’s land, quelques vidéos qui montrent des gens, même âgés, qui essayent de passer à l’ouest…

 

La guerre n’a pas tout détruit : l’île aux musées est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses 5 musées, dont le Alte Nationalgalerie, où actuellement se tient l’exposition Wanderlust (2), avec entre autres, des peintures de Caspar David Friedrich ; on peut voir, revoir, Le voyageur contemplant une mer de nuages, et se plonger dans ce que le personnage regarde…

 

Paris-Berlin fut une exposition remarquée au Centre Pompidou en 1978 (3), l’année d’après l’ouverture. Moins évènementiel, un voyage de 4 jours à Berlin, offert par ma femme pour mes 60 ans – 15 ans / jour – a ouvert mes yeux de Parisien habitué à une ville de pierre : Berlin est très verte !

 

Dès l’atterrissage à Berlin-Tegel, la nature apaisante déborde : la forêt est là au bord de la piste, un lac à côté. Le bus nous mène par des rues larges et bordées d’arbres.

 

Lorsqu’on se promène en vélo (4) – moyen de locomotion idéal car la ville est aussi grande que plate – et qu’on traverse un parc, par exemple Tiergarten, les immenses prairies ombragées invitent à la rêverie (5).

 

Comme argument de vente, le capitaine du bateau de la croisière, annonce : « Bière à bord ! » ; elle est bonne !

 

Restons sur la bière : Nolle est une brasserie année 1920, située sous les arcades de la gare de Friedrichstrasse ; le décor est superbe, et dans la salle basse, c’est encore mieux.

 

Café Einstein est une merveille de calme sur Unter den Linden, la fameuse avenue qui mène à la porte de Brandebourg : l’apfelstrudel y est remarquable.

 

Weyers, nettement plus à l’ouest est aussi une valeur sûre : asperges à la sauce hollandaise, un classique, avec une bière, évidemment (6).

 

Nos voisines chez Weyers, deux dames âgées, portaient d’élégants tee-shirts, buvaient une bière, se partageaient une flammenküche, et se disaient des choses qu’on se dit l’après-midi.

 

(1) Gratuit mais tickets à prendre à l’avance pour des créneaux horaires précis, sur présentation de CNI ou de passeport.

 

(2) Wanderlust = envie de voyager. Avec Friedrich le voyage est garanti !

 

(3) Le commissaire d’expo était Werner Spies, qui fut directeur du Centre Pompidou de 1997 à 2000 ; il est allemand.

 

(4) Loué chez MRB, près de Nollendorfplatz ; pas cher du tout : 8 € / 24h

 

(5) Un vélothon avait lieu sur Strasse des 17 Juni qui coupe Tiergarten ; ils distribuaient des ballons gonflés à l’hélium. Nous avons vu un chien passer avec son maître sur la prairie, un ballon blanc accroché à son cou ; mettons que le chien ait le sens de l’humour…

 

(6) Autre expérience remarquable : la soupe aux légumes avec saucisse de Francfort coupées en morceaux dedans ; magique !

 

La mâchicoolitude

Le Moyen Age ne fut pas cool du tout. Entre le Ve et le XVe siècle, la plupart des paysans crevaient de faim ; le seigneur le plus proche les protégeaient contre le versement d’une bonne partie de leur récolte.

 

Les seigneurs habitaient dans des châteaux forts pour se défendre eux-mêmes ; les murs étaient très épais – le béton armé n’avait pas encore été inventé – et il y avait une tour à chaque angle.

 

En haut des tours, les mâchicoulis étaient les chemins de rondes en encorbellement, percés de trous par lesquels les soldats balançaient tout ce qu’ils pouvaient (1) sur ceux qui les attaquaient en grimpant à l’échelle lancée avec un grappin, pour les faire tomber.

 

En latin médiéval, au début XVe siècle, machecollum est un probable composé du vieux français macher « battre, frapper, meurtrir » et de col (cou en vieux français). Les projectiles lancés des mâchicoulis « brisaient le cou » des assaillants.

 

La violence médiévale, revue et corrigée par la technique du kung-fu, vous inspire-t-elle  ? Lisez Bastard Battle de Céline Minard (2).

 

Vous préférez une option plus cool : la photo en illustration montre une amie à moi, penchée à la fenêtre (3) au dessus d’un trou du mâchicoulis dans un château du XVe siècle ; elle passe un moment vertigineux à regarder la vallée du Lot, ses jambes écartées pour ne pas tomber. Je la connais, je sais qu’elle aime ça. Quelle jeunesse dans l’attitude ! C’est la mâchicoolitude !

 

Comment l’entretenir lors des prochains week-ends ? Voici trois suggestions pour les franciliens sans aller jusque dans l’Aveyron : le château d’Amboise qui domine la Loire ; le château de Pierrefonds dans la forêt de Compiègne ; les fossés du Louvre ouverts depuis les années 1980.

 

Loin de la foule de La Joconde, on y découvre ce que fut le Louvre à l’origine : une forteresse construite au XIIe siècle qui protégeait la partie la plus exposée de l’enceinte de Philippe Auguste, à l’ouest, le long de la Seine.

 

Au XIVe siècle Charles V transforme le Louvre en château royal ; au XVIe siècle, François 1er fait raser le donjon (4). Tout le château, murs, tours, mâchicoulis, disparait sous la terre jusqu’à ce que Jack Lang ait l’idée géniale de creuser pour que le public moderne puisse se frotter les yeux en se demandant s’il ne rêve pas devant les vieilles pierres…

 

(1) Pas de l’huile, c’était trop précieux, mais de la poix, des pierres, des poutres ; ou des vaches, comme dans le film Sacré Graal des Monthy Pytons, sorti en 1975.

 

(2) https://www.amazon.fr/Bastard-Battle-C%C3%A9line-Minard/dp/2756101400

 

(3) La fenêtre a été percée ultérieurement ; au dessus des mâchicoulis, il n’y avait pas de fenêtre, la lumière venait par en dessous, par le même chemin que les assaillants…

 

(4) La révolution de 1789 transforme le palais royal en musée national, mais ceci est une autre histoire : Louis XVI est guillotiné en janvier 1793, Marie-Antoinette, en octobre 1793, et entre temps, le Louvre ouvre ses portes aux visiteurs, le dimanche, en aout 1793. Et dire qu’aujourd’hui on ne fait plus que des réformes…

Des pierres aux enchères

Paris est l’une des villes les plus touristiques du monde avec comme têtes de gondoles la Tour Eiffel, Mona Lisa, Notre Dame. La cathédrale n’est pas en bon état, bien qu’elle ait été restaurée, ravalée, ces dernières années. Elle a 850 ans : des gargouilles tombent, des arcs boutant autour du chevet – côté est de l’église – menacent de s’écrouler à moyen terme…

 

Les arcs boutant soutiennent l’église à l’extérieur ; les piliers et croisées d’ogive, à l’intérieur, soutiennent le toit. C’est le style gothique (1).

 

Il faut de l’argent pour financer une nouvelle campagne de travaux. L’état est prêt à mettre 40 M€ sur le parvis (2) si les fonds privés s’élèvent à 20 M€, d’ici les 10 prochaines années.

 

Où trouver les 20 M€ ? Aux USA pensent Michel Picaud, président de la fondation Friends of Notre-Dame de Paris, et André Finot, directeur de la communication de l’église, qui ont eu une heure pour convaincre les riches clients de Christie’s aux Etats-Unis. Ils ont été invités à participer à la Classic Week de cette institution de vente aux enchères internationale, selon un article du Parisien d’Eric le Mitouard du 12 avril (3).

 

Un habitué des salles des ventes demande « Mais pourquoi vous ne vendez pas aux enchères les vieilles pierres tombées de la cathédrale ? » ce que le journaliste ponctue d’un « cela rappelle à nos porte-drapeaux parisiens qu’ils étaient bien aux Etats-Unis. »

 

La réflexion du journaliste met en évidence une différence essentielle entre les USA et la France : les Américains ont un rapport naturel à l’argent, nous, non.

 

Cette idée de vendre aux enchères les vieilles pierres tombées de la cathédrale est excellente !

 

Imaginons une vente chez Drouot ! Entre les chrétiens riches, les riches collectionneurs athées, les fétichistes, et la perspective d’un scandale – pour certains, vendre des pierres consacrées craint – tous les ingrédients seraient réunis pour faire un carton.

 

On dépense de l’argent pour des pierres tombales ; si les pierres tombées se mettent à en rapporter, elles ne sont pas tombées pour rien.

 

À la Révolution, les pierres de la Bastille sont tombées sous les pioches des 400 ouvriers de l’entrepreneur Pierre-François Palloy. Elles ont servi dans la construction du pont de la Concorde, terminée en 1791 ; elles ont été sculptées afin que chaque département reçoive un modèle réduit de la Bastille ; elles ont été utilisées par l’entrepreneur pour se construire deux maisons, dont l’une est toujours visible, 37, rue de Imbergères à Sceaux.

 

Palloy a utilisé la démolition de la Bastille pour se faire connaître (4) : il a agi en businessman en organisant la promotion des produits dérivés.

 

On commémore cette année Mai 68 dont les pavés sont devenus « collector » ; ils ne sont pas tombés, ils ont été lancés, mais d’où venaient-ils ? (5).

 

Sur le parvis Notre Dame, les plus petits pavés représentent l’emplacement de l’ancienne cathédrale Saint-Etienne, premier martyr, qui fut lapidé ; rappelons que la lapidation n’appartient toujours pas au passé.

 

(1) Le mot gothique a été inventé au XVIIe siècle, pour dénigrer ce style architectural du Moyen-Age ; ainsi une femme de la noblesse, lorsqu’elle rencontrait un homme de sa classe mal habillé, disait de lui à ses amis : « il est gothique ! ». Gothique vient de goth, wisigoth, ostrogoths… autant de barbares !

 

(2) Le parvis est le nom de la place devant la cathédrale, dérivé du mot paradis, le lieu où étaient joués les mystères de la passion, au pied de la façade, au Moyen-Age. Imaginons la Brinks arrivant un matin avec des sacs de billets qu’ils déposeraient au « point zéro » où les attendraient Messieurs Picaud et Finot munis d’un diable pour acheminer ce trésor dans la sacristie. Ce point zéro a la forme d’une étoile ; il est situé sur la gauche du parvis en regardant la façade ; il est le point de départ des distances kilométriques, donc de celle qui relie Paris à New York.

 

(3) http://www.leparisien.fr/paris-75/a-new-york-notre-dame-fait-un-tabac-16-04-2018-7667478.php

 

(4) Il était avide d’ascension sociale. Auto déclaré entrepreneur dans la nuit du 14 au 15 juillet, le 16 juillet l’Assemblée Constituante le nomme démolisseur officiel de la Bastille ; il a 33 ans. C’est à lui qu’a été confié le chantier d’aménagement du donjon du Temple pour y emprisonner Louis XVI et sa famille, après l’attaque de Tuileries, le 10 août 1792 !

 

(5) http://www.nouvelobs.com/videos/vfmq8k.DGT/mai-68-l-histoire-des-paves-parisiens-de-la-bretagne-aux-barricades.html

 

 

À l’intérieur il fait trop sombre

À L’Institut du Monde Arabe, il y a actuellement l’exposition L’épopée du Canal de Suez, des pharaons au XXIe siècle (1) qui montre toute l’aventure de ce qui fut, qui est encore, bien plus qu’un canal. Premiers projets égyptiens, chantier  « pharaonique » au XIXe siècle, inauguration somptueuse, et nouveau canal depuis 2015.

 

Lien entre la Mer Rouge et la Méditerranée, raccourci entre Djibouti et Paris, le canal mène aussi à Aden, en face de Djibouti, où Paul Nizan part réfléchir au début du XXe siècle, loin du confort bourgeois des élites parisiennes – il a été élève à Normale Sup avec Jean-Paul Sartre – à leur hypocrisie. Le résultat est un essai fulgurant, Aden Arabie, qui commence ainsi : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

 

Vingt ans, l’âge des jeunes qui vont avoir du mal à faire des études à la fac après le bac, avec la nouvelle loi, s’ils n’ont pas bien travaillé avant au lycée, car leur livret scolaire va les suivre comme un boulet ; comme pour donner raison à l’expression populaire « boulet un jour, boulet toujours » qui n’est drôle qu’au second degré. L’avenir n’appartient pas seulement à ceux qui se lèvent tôt ; les réveils tardifs sont plein de surprises…

 

Vingt ans, l’âge des jeunes étrangers en situations précaires, qui, scolarisés en France, sont parfois menacés d’expulsion, alors que leur vie, leur chance de s’en sortir, sont ici, en France ; certainement pas dans un pays où ils n’avaient aucun avenir, raison pour laquelle ils l’ont quitté (2).

 

Vingt ans, l’âge où l’on ne traine pas forcément dans les musées nationaux, alors que c’est gratuit (3), parce qu’on préfère aller dans des endroits moins gratuits mais plus excitant (4), des bars, où l’on peut discuter sans fin de la vie qu’on veut…

 

J’assume ce mélange des genre ; j’espère qu’il met en valeur la différence qu’il y a entre, ici, la France, où l’on peut passer d’un sujet à l’autre, et les pays d’origines de ceux qui sont menacés d’exclusion du territoire (2), où la misère les accueillera dans l’indifférence, avant qu’ils ne tentent une nouvelle fois de partir s’ils en ont encore l’énergie.

 

Mélangeons les genres dans la solidarité – quand on aime on ne compte pas : je vous signale l’existence de la Cantine Pyrénées, 77, rue de la Mare, 75020, où je suis bénévole, de temps en temps ; nous proposons des repas du lundi au vendredi de 12 h à 14 h ; nous avons évidemment besoin de soutiens (5).

 

Dès que nous commençons à nous engager, même un peu, dans une démarche solidaire, nous sommes assaillis par des questions profondes, lorsque les choses ne sont pas si cool, qui se résument à une interrogation essentielle : pourquoi je fais ça ? (6)

 

Faute de trouver une réponse, nous avançons parce que nous sentons qu’il le faut, et nous dépassons l’aphorisme célèbre d’Antoine Blondin : « Je suis resté au seuil de moi-même car à l’intérieur il fait trop sombre. » Dans ce cas il suffit d’ouvrir les persiennes…

 

(1) Lien pour l’exposition : https://www.imarabe.org/fr/expositions/l-epopee-du-canal-de-suez

 

(2) Liens pour les pétitions de soutien à deux élèves du lycée professionnel Adolphe Chérioux à Vitry :

http://resf.info/P3307

http://resf.info/P3308

 

(3) Gratuité pour les – 18 ans et jusqu’à 26 ans révolus pour les jeunes européens ; n’oubliez pas votre CNI.

 

(4) Les musées peuvent être très excitant comme le disait Paul Valéry : « Il dépend de celui qui passe que je sois tombe ou trésor – Que je parle ou me taise – Ami ceci ne tient qu’à toi – N’entre pas sans désir ». Attention, molo sur le désir : trop de désir de voir tue le regard ; regardons en douceur, laissons venir…

 

(5) Mail du collectif de la cantine : contact.cantine.des pyrenees[arrobe]gmail[point]com

 

(6) Dans le film Welcome, la compagne du personnage principal – joué par Vincent Lindon – qui apprend à un jeune à nager le crawl pour qu’il traverse la Manche, lui demande : « Pourquoi tu fais ça Simon ? »