Vive les vacances !

La coupe du monde vient de se finir et comme la France a gagné, tout le monde est content en France ou presque… Enlevons le presque, sur un évènement pareil, il faut simplifier, c’est le côté grossier du succès ; la victoire fait autant de bien que la défaite, du mal !

 

Je vous souhaite de très bonnes vacances, sans record à battre, ni étoiles à accrocher à votre maillot de bien…

 

J’ai vu que Ducasse ne ratait pas l’occasion avec cette 2e étoile sur le futur maillot des joueurs, d’inciter les vacanciers argentés à faire le tour des 2 étoiles…

 

Vive les vacances pour s’allonger dans l’herbe le soir sous les étoiles et se laisser aspirer par l’immensité avant que les moustiques ne sifflent la fin de la récrée…

 

Rendez-vous en septembre pour de nouvelles aventures !

 

 

Une invitation à nous dilater

À la Folie de l’Information du Parc de la Villette, lorsque j’annonce mercredi après-midi, que je souhaite aller voir teamLab : Au-delà des limites (1), on me conseille d’éviter le week-end après-midi à cause du grand nombre d’enfants ; je n’avais pas compris que l’animation interactive était spécialement pour enfants ; on me dit non, pas que, mais quand même, surtout à l’entrée dans le premier espace où ils peuvent dessiner…

 

Interactif, j’aurais dû m’en douter, c’est toujours pour les enfants, pour la bonne raison qu’ils sont les seuls à jouer spontanément avec la situation présentée ; c’est facile pour eux, ils jouent toute la journée…

 

teamLab : Au-delà des limites est une expérience inédite mise au point par un collectif d’artistes, de programmateurs, d’ingénieurs, d’animateurs 3D, de mathématiciens et d’architectes, dans laquelle chacun, chacune, peut interagir sur les images en touchant le mur sur lequel elles sont projetées (2).

 

Justement, je vois un couple d’une cinquantaine d’années, mettre leur doigts sur un mur ; ils sont contents, ils sourient, puis rient, en allant l’un vers l’autre ; leurs doigts transforment la vidéo – des petites barrettes lumineuses disparaissaient à leur passage pour réapparaitre après… Sur le mur arrivent des papillons ; ils les chassent en tapant leurs mains sur le mur dans une joie dont je me demande si elle n’est qu’enfantine ?

 

Je change de salle : sur un mur géant, des tournesols tombent lentement, sur une musique planante au rythme lent… Soudain, des oiseaux blancs traversent le mur laissant leurs traces derrière eux ; ce sont des oiseaux à réactions.

 

Ma réaction ne tarde pas, je m’assieds par terre – comme la plupart de ceux qui m’entourent – puis je m’allonge comme à la plage… Soyons clair, teamLab propose un voyage halluciné à tous les candidat(e)s à l’évasion.

 

Ici, il ne s’agit plus de s’immerger comme dans L’Atelier des Lumières dans l’essence de l’œuvre d’un artiste (3), mais de découvrir une autre version du monde qui nous entoure, fleurs, papillons, oiseaux, lapins, musiciens, soldats…

 

Microcosmos : le peuple de l’herbe est un film marquant de 1996, réalisé par Claude Nuridsany et Marie Pérennou. Dans quelques centimètres carrés d’un pré en Bourgogne,

la vie des fourmis, des escargots, et autres insectes, notamment sous la pluie, n’avait jamais été montrée ainsi. C’était bouleversant ! (4)

 

teamLab : Au-delà des limites n’est pas à l’échelle du centimètre carré. Tout est grand ici, comme la sensation rare d’aller beaucoup plus loin que d’habitude.

 

Acceptons-nous d’interagir comme les enfants ou les amoureux ? teamLab est une excellente idée pour briser la glace lors d’un premier rendez-vous ou bien réfléchir avant de se dire Adieu (5)

 

Acceptons-nous sinon d’interagir, du moins de nous faire malaxer l’âme par l’atmosphère enivrante de teamLab, de laisser les tournesols nous tourner la tête, de nous laisser porter par la trace des oiseaux, de suivre la caravane des lapins, des musiciens, des soldats ?

 

Peu importe les réponses, les nocturnes, vendredi et samedi de 20 h à 22 h (6), nous permettent de rentrer dehors ; de vivre l’expérience vertigineuse où le dehors entre en nous ; teamLab nous invite à nous dilater. Comment refuser ?

 

(1) À la Grande Halle de la Villette jusqu’au 8 septembre : https://lavillette.com/evenement/teamlab/

 

(2) Sauf dans une petite salle

 

(3) https://vusouscetangle.net/chronique/immersion-immersion/

 

(4) http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19447384&cfilm=42006.html

 

(5) Salut les Amoureux ! La version originale de Joe Dassin, 1973, enregistrée devant un public dont la sagesse évoque plus l’en de ça des limites que l’au-delà :

https://www.youtube.com/watch?v=6_-eZuy1-jY

 

Et la reprise de Miossec, sombre, comme toujours, qu’il enregistra pour le générique de fin du film La vie rêvée des anges d’Erick Zonka, sortie en 1998.

https://www.youtube.com/watch?v=WjP-WS_8P8Y

 

(6) À l’heure où la plupart des enfants sont couchés, même si en vacances, les règles ne sont plus les mêmes…

Immersion, immersion

Immersion, immersion, je suis dans le container, sonne comme « Émotions, émotions, j’en ai plein le container » qui ouvre la chanson Volontaire de Bashung (1). Ce « container » est la métaphore de notre tête, corps, cœur, bref là où nos émotions laissent des traces ; dans quel container géant pouvons-nous être en immersion ?

 

L’Atelier des Lumières, 38, rue Saint Maur, Paris 75011, propose une expérience immersive autour de la peinture de Gustave Klimt et de Friedensreich Hundertwasser Regentag Dunkelbunt (2).

 

Vous avez jusqu’au 11 novembre pour vivre ce moment magique, rare, où l’esprit de l’œuvre vous atteint comme quand vous entrez dans un bain, dans une atmosphère de douceur enveloppante, inimaginable, irréelle, de couleurs et de sons !

 

Bruno Monnier, président de Cultureespace, qui avait créé les Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence, a ouvert en avril 2018, cet espace d’art numérique.

 

Dans une ancienne fonderie, nous nous laissons aller à la sensualité de la peinture de Klimt, où les robes sont dorées à moins que les dorures ne soient des robes… Nous découvrons la poésie aux couleurs acidulées d’Hundertwasser où une cité rêvée se construit sous nos yeux…

 

Laissons-nous pénétrer par cette sensation de bien-être.

Asseyons-nous parmi les autres pour nous sentir inclus dans l’espace ; promenons-nous, y compris sur la mezzanine ; allons-y à notre rythme ; essayons d’être libres…

 

Comment recevons-nous cette proposition qui va à l’encontre de ce que nous offrent la plupart des grandes expositions ?

 

Sommes-nous avides de voir des tableaux de maîtres, venus des quatre coins du monde dans une exposition à succès, ou d’être dans l’essence même de leur peinture avec une superbe bande son ?

 

Un ami me rappelait que l’un n’empêche pas l’autre ; à mon avis il ne s’agit pas d’un empêchement, mais de réfléchir à ce à quoi nous aspirons dans cette capitale de la Culture qu’est devenue Paris… Et si nous passions à autre chose ; autre chose comme ce que propose l’Atelier des Lumières ?

 

Cette expérience immersive est une immense vague sur laquelle surfer est à notre portée ; ce bonheur vertigineux risque d’infuser lentement en nous, jusqu’à ce que nous nous posions la question : en dehors de la rue Saint Maur, où pouvons-nous pratiquer l’immersion ?

 

Dans les sous-marins ! Elle est périscopique, de 12 m pour un sous-marin classique, de 20 m pour un sous-marin nucléaire lanceur d’engin ; de sécurité, lorsque le haut massif du sous-marin est immergé d’une hauteur supérieure à celle des tirants d’eau des plus grands navires.

 

La culture immersive du sous-marin nous mène au classique des films de guerre, sorti en 1981, Das Boot, de Wolfgang Petersen.

 

Blague à part, en dehors du fait que le sous-marin est un espace confiné, le contraire même de l’Atelier des Lumières, il est guerrier, alors que l’Atelier des lumières invite à la paix intérieure…

 

À propos de paix, à Lourdes, les pèlerins s’immergent dans l’eau bénite et comme les piscines étaient dépassées par leur succès, l’évêque de Lourdes, Jacques Perrier (3), a eu l’idée de les déplacer pour les agrandir.

 

Dans les voyages linguistiques ! Les vrais progrès se font si nous sommes immergés assez longtemps dans la langue étrangère que nous acceptons d’abord de ne pas comprendre… Ça viendra ; nous sommes tellement plus adaptables que nous ne l’imaginons !

 

Émotions censurées… Multiplions les expériences sensorielles immersives : nos émotions vont sortir de notre container !

 

(1) https://www.youtube.com/watch?v=8sMsJW22ius

 

(2) https://www.atelier-lumieres.com/

 

(3) Malgré son nom, les piscines ne sont pas à bulles !

Chambord, conquête de l’inutile

Son escalier monte jusqu’au sommet du château ; il est coiffé d’une fleur de lys que l’on voit toujours de la même manière quelque soit l’endroit où l’on se trouve sur la terrasse ; son escalier représente l’ascension symbolique du roi vers le sommet d’où il domine la cour, et le royaume. L’ombre de Léonard de Vinci plane sur l’escalier (1).

 

Quand on monte l’escalier à double révolution, on peut se dire bonjour par les fenêtres intérieures tout en restant chacun de son côté ; on arrive sur la terrasse…

 

La terrasse de Chambord est comme un village dont les maisons aux toits pentus, sont dominées par de très hautes cheminées. On aimerait tellement qu’une des portes s’ouvre et qu’une personne nous invite pour l’apéro…

 

Actuellement il y a un chantier sur la terrasse : espérerons que les ouvriers en profitent parfois pour boire l’apéro quand il n’y a plus personne et que le château est à eux !

 

François 1er qui habitait au château de Blois, disait, lorsqu’il allait à Chambord pour y suivre attentivement le chantier, entre 1519 et 1539 : « Je vais chez moi. »

 

Pourtant, François 1er n’a pas fait construire Chambord pour y vivre, mais pour en mettre plein la vue à son ennemi de toujours, Charles Quint. L’objectif fut atteint ; l’ennemi fut admiratif – il ne vit que le donjon, c’est-à-dire l’essentiel.

 

Chambord est né d’un autre projet conçu par Léonard de Vinci, pour Romorantin, une ville située au bord de la Sauldre, un affluent du Cher ; Romorantin est à une quarantaine de km au sud est de Blois. L’idée de Léonard à Romorantin était de créer un château ouvert sur une ville nouvelle, ce que sera Versailles avec Louis XIV… Après qu’il ait passé plus de temps à Chambord que François 1er.

 

Chambord n’est donc pas une première intention : c’est un second choix, devenu un chef-d’œuvre, surgissant au milieu d’une immense clairière ; la forêt autour pleine de gibier… François 1er venait y chasser – avant le chantier du château ; Romorantin est la capitale de la Sologne.

 

Chambord est irréel, beau comme un songe ; lorsqu’on le découvre depuis la route qui vient de Blois, le sommet du château apparaît dans l’axe, et comme il est ajouré, on a l’impression de voir un masque avec deux yeux, un fantôme…

 

« Réalité, réalité, punition exemplaire » chantait Bashung dans Volontaire, l’un des titres de l’album Play blessures, réalisé avec Gainsbourg ; réalité de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, dont on voit les tours et le panache blanc, après avoir quitté Chambord, pour aller vers Beaugency.

 

François 1er fut l’un le premier « conquérant de l’inutile » avec Chambord, bien avant que l’expression ne devienne le titre du livre culte de Lionel Terray (2).

 

Était-il utile de construire ce château pour impressionner un empereur ennemi ?

 

L’esprit de la Renaissance a transcendé l’utilité, pour que s’exprime une architecture joyeuse, fastueuse, merveilleuse, au service d’un nouvel art de cour, inspiré par Le Livre du Courtisan de Baldassare Castiglione (3), que l’auteur avait envisagé de dédier à François 1er.

 

(1) Bien qu’il n’y ait aucune preuve, tout le monde est convaincu qu’il l’a inspiré.

 

(2) Les conquérants de l’inutile, Lionel Terray, Gallimard, 1961 ; grand classique des livres de haute montagne.

 

(3) Publié en italien en 1528. Facile à trouver en poche aujourd’hui. Une lecture passionnante, écrite sous la forme d’un long dialogue courtois, spirituel, entre quelques princes et princesses, réunis au palais d’Urbino en Italie.

Le bicorne du sombre héros

Lundi 18 juin 2018, le bicorne de Napoléon laissé sur le champ de bataille de Waterloo, a été acquis 350 000 € par un collectionneur lors d’une vente enchères organisée à Lyon par le commissaire priseur Etienne de Baecque ; les enchères avaient commencée à 40 000 €.

 

Des bicornes, Napoléon en a usé plus d’une centaine, dont 19 ont été identifiés. Mais celui de Waterloo, laissé sur le champ de bataille, la tête ailleurs, était mythique !

 

Waterloo c’est aussi 55 000 morts ou blessés en un seul jour, le 18 juin 1815. Parmi eux, Lord Uxbridge entre dans la légende avec sa jambe : lors de l’attaque aux côté de Wellington, il est frappé au genoux droit par un tir de mitraille. Il se serait tourné vers Wellington pour dire :

« Par Dieu, Sir, je viens de perdre ma jambe. Et Wellington de répondre : C’est exact, Sir. »

 

Sir Uxbridge est stoïque lors de l’amputation de sa jambe par le docteur Hume, médecin et chirurgien personnel de Wellington, avec une pointe d’émotion au moment où la lame de la scie reste coincée dans sa jambe…

 

La bataille de Waterloo a été l’occasion pour les anglais de progresser dans la médecine et la chirurgie de guerre (1).

 

En France, la Révolution avait supprimé l’enseignement de la Médecine en 1792, mais dès 1794 les études sont réorganisées avec la création de l’École de Médecine dont Corvisart est le premier titulaire de la chaire de clinique interne ; il est plus tard remarqué par Napoléon dont il devient le médecin personnel. (2)

 

Ce bicorne de Waterloo, le dernier, donc, est acheté hier beaucoup moins cher qu’en 2014, où lors d’une vente aux enchères à Fontainebleau, un bicorne en meilleur état, avait été acheté 1,8 M € par un industriel du poulet sud coréen pour mettre en avant Napoléon, modèle de l’entrepreneur moderne à ses yeux (3).

 

Pourtant lors de son exil à Sainte-Hélène il est un sombre héros, selon le livre de Jean-Paul Kauffmann (4).

 

Il est curieux que ce soit le meilleur état du bicorne qui fasse la différence, et non le mythe. Prenons l’exemple du casque de parade de Charles VI exposé au Louvre : il fut retrouvé au fond d’un puits où le roi, dans une crise de démence, ou des soldats anglais, en pleine démence guerrière, l’auraient jeté, pendant la guerre de 100 ans.

 

Les trous du casque que l’on admire aujourd’hui nous racontent la guerre, comme le mauvais état du dernier bicorne de Waterloo…

 

Les guerres sur le territoire français, c’est fini ; pas les attentats. C’est avec des armes de guerre que les frères Kouachi ont assassiné Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

 

Philippe Lançon, journaliste à Libération et à Charlie Hebdo,  a survécu. Gravement touché au visage, dont la partie inférieure avait disparu, il a été opéré à l’hôpital La Pitié-Salpêtrière.

 

Il a écrit un livre Le Lambeau, qui dépasse le récit d’un survivant et nous entraine dans sa solitude, sa renaissance, son abandon à l’instant, nous fait part au détour de nombreuses réflexions, du voyage métaphysique qui accompagne sa souffrance physique : « Vivre à l’intérieur de la souffrance, entièrement, ne plus être déterminé que par elle, ce n’est pas souffrir ; c’est autre chose, une modification complète de l’être. Je sentais que je me détachais de tout ce que je voyais et de moi-même pour mieux le digérer. » Chapeau !

 

(1) Pour l’article complet, voir : https://www.courrierinternational.com/article/waterloo-1815-2015-un-terrible-carnage

 

(2) Ayons une pensée pour lui la prochaine fois que nous passerons à la station Corvisart

 

(3) Comparaison ô combien macronienne !

 

(4) La chambre noire de Longwood de Jean-Paul Kauffmann

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/La-Chambre-noire-de-Longwood