Pourquoi de telles lèvres ?

Claude (1) arrive avec Georges, fatiguée de la queue d’une demi-heure pour un taxi… Ses enfants, petits-enfants l’attendent avec un fauteuil : que la fête commence dans le Louvre « le long, le long des fesses pas très claires » ! (2).

 

Face aux lèvres sensuelles de L’Esclave Mourant de Michel-Ange, Claude me demande : « Pourquoi de telles lèvres ? ».

 

« Pourquoi » se décompose en pour-quoi : « pour » est le contraire de contre ; si nous ne sommes pas pour, soyons     « contre, tout contre » l’œuvre d’art (3) comme l’était Sacha Guitry avec les femmes.

 

Que faire de « quoi » ? Rita Mitsuko  chante Alors c’est quoi ? : « Que nos émois étincellent et s’entremêlent nos voix » (4).

 

La joie jaillit des Plus belles fesses du Louvre (5) :                 les « pourquoi » s’éteignent, les regards s’éveillent…              Alors, c’est quoi ? C’est l’œuvre !

 

Regarder, changer d’angle, dire ce qu’on voit, regarder encore, dire encore, se découvrir, ne plus dire, laisser l’œuvre nous atteindre, ne pas nous éloigner, rester accessible…  À l’extrême douceur des lèvres.

 

(1) Chère Claude, je vous dédie cette chronique.

 

(2) Clin d’œil aux « golfs pas très clairs » de Gaby oh Gaby, de Bashung (paroles de Boris Bergman)

 

(3) Mais ne dépassons pas la limite de la métaphore : ne touchons pas les œuvres d’art dans les musées !

 

(4) Pour écouter ce petit chef-d’œuvre pop

 

(5) Visite en vente libre chez votre distributeur habituel

20/20 : Les Plus Belles Fesses du Louvre !

20/20, je vous souhaite le meilleur en 2020 !

Quel est le meilleur de Vu sous cet angle ?

Les plus belles fesses du Louvre !

 

Les fesses de L’Hermaphrodite Endormi vous font rêver, imaginer la vie en marbre, fantasmer, alerter vos ami(e)s pour venir les voir en bande… Bander ?

 

Quelle sensualité ! Une copie romaine de sculpture grecque du IIe siècle av J.C., allongée sur un matelas taillé par le Bernin au XVIIe siècle, vous invite à pénétrer dans un backroom du Louvre où la sono diffuse Walk on the wild side de Lou Reed (1).

 

Le mercure monte avec les fesses du Gladiateur Borghèse,    de Psyché, de Mercure, de La maîtresse de Sardanapale ;       la main aux fesses du Centaure à la Bacchante ; la raie des fesses de la Vénus de Milo ; les seins d’Angélique ; les pieds de la Grande Odalisque ; les hanches d’Endymion ; les fesses, les pectoraux, les lèvres d’Arès

 

20/20 de regards libres, sauvages, cool !

 

N’attendez pas le printemps, l’hiver le musée est désert…

Choisissez un mercredi / vendredi soir à 19 h

Appelez-moi : 06 82 29 37 44

Forfait pour 6 personnes max : 160 €

+ ticket d’entrée : 17 €/ personne (achat en ligne recommandé)

 

Cette visite n’est pas conseillée au moins de 18 ans

 

(1) https://www.youtube.com/watch?v=oG6fayQBm9w

La République passe à table

« J’aimais les drapeaux. La première fête nationale du 30 juin, je me promenais rue Montorgueil avec mes instruments de travail ; la rue était très pavoisée avec un monde fou. J’avise un balcon, je monte et demande la permission de peindre, elle m’est accordée. Puis je redescends incognito ! ». C’est La rue Montorgueil, 1878, de Claude Monet (1).

 

La fête nationale n’existe pas encore ; il s’agit de la « Fête de la paix et du travail » (2), créée le 30 juin 1878 sous la IIIe République, pendant l’Exposition Universelle. Le but est de renforcer l’esprit républicain ; la Chambre des Députés est devenue républicaine l’année d’avant grâce à Gambetta.

 

La « Fête de la paix et du travail » sonnerait faux fin 2019 ; la retraite serait-elle la paix (re)trouvée après des années de travail ? Gouvernement, syndicats, personne en France ces temps-ci, n’a la tête à faire la fête.

 

Imaginons Monet, mort en 1926, revenir aujourd’hui ; il serait surpris : plus jamais aucune rue n’est pavoisée comme le fut la Rue Montorgueil.

 

Pourtant, après les attentats du 13 novembre 2015, le président de la République, François Hollande, avait demandé que chacun mette un drapeau tricolore à sa fenêtre ; mais l’heure n’était pas à la liesse.

 

Au 14 juillet, nous sortons peu les drapeaux ; ils apparaissent quand nous sommes champions du monde de foot, c’est-à-dire deux fois jusqu’à maintenant !

 

Né sous la Révolution, associé à la devise républicaine, le drapeau a été déconsidéré en 1914-18 par la gauche qui a fait rimer patriotisme et nationalisme ; à la Libération de Paris, le 25 aout 1944, grâce au Capitaine des Sapeurs Pompiers Sarniguet, le drapeau français, flotte en haut de la tour Eiffel, à la place du drapeau nazi.

 

Pourtant, progressivement, l’extrême droite s’empare à nouveau des couleurs nationales ; dans les années 1970-80, le drapeau sert de panier géant pour les collectes de fond dans ses meetings, selon le politologue Jean-Yves Camus.

 

Lionel Jospin, en 2002, lors des présidentielles, n’entend pas le bruit sourd du fascisme qui monte… Vaincu, il ne lui restera plus qu’à appeler un « front républicain » !

 

Nous avons le réflexe républicain pas celui du drapeau. Est-ce en souvenir des Banquets Républicains nés lors de la Fête de la Fédération en 1790 que nous mettons la nappe ? C’est à table que nous vivons la France !

 

Toute la Nation est derrière le camembert, les escargots, le foie gras, les huîtres, les cèpes, la pâtisserie, le chocolat, le vin, le champagne…

 

Autant de raisons d’aller faire un tour Rue Montorgueil, dans le bas de la rue Montmartre, rue Tiquetonne : Chocolatier Charles (3), Escargot Montorgueil (4), Stohrer (5), Au Rocher de Cancale (6), le Cul de Cochon (7), G. Detou (8), le Comptoir de la Gastronomie (9), le Cochon à l’oreille (10).

 

Avant de passer à table, ayons une pensée pour les Forts des Halles qui trimaient dur bien avant que ne soit reconnue la pénibilité…

 

Enfin, entrons dans l’église Saint-Eustache, là où les rues Montorgueil et Montmartre se touchent, pour admirer la forêt de piliers et l’œuvre de Raymond Mason Le départ des fruits et légumes du cœur de Paris le 28 février 1969 (11)… Vers Rungis.

 

Bon réveillon !

 

(1) Le tableau est visible au 2ème étage du Musée d’Orsay.

 

(2) La fête du 14 juillet a été instituée en 1880, pour célébrer la prise de la Bastille et la Fête de la Fédération, son premier anniversaire, qui fut une fête historique au Champs de Mars, avec le roi Louis XVI, les députés et le peuple français ; du jamais vu !

 

(3) Chocolatier Charles, 15 rue Montorgueil. Ses bûches qui ne ressemblent pas à celle de Noël, sont sa spécialité toute l’année ; en hiver, le chocolat chaud est une merveille !

 

(4) Escargot Montorgeuil, 38 rue Montorgueil. Helix apersa et Helix pomatia sont assaisonnés à l’ail, aux truffes, au foie gras, au Ricard…

 

(5) Stohrer, 51, rue Montorgueil. Installé sous Louis XV. Ses spécialités sont le Puits d’Amour et le Baba au Rhum.

 

(6) Au Rocher de Cancale, 78 rue Montorgeuil. Tous les écrivains et acteurs du XIXème siècle venaient y manger des huîtres après les spectacles ; elles arrivaient depuis la porte des Poissonniers.

 

(7) Le Cul de Cochon, 98, rue Montorgueil. Sa charmante vendeuse propose des cornets d’ émincées de jambons de pays et délicieux fromages en fines tranches.

 

(8) G.Detou, 58 rue Tiquetonne. Caverne d’Alibaba pour qui aiment faire des gâteaux, la moutarde Fallot, les épices de Rabelais, les fruits confits…

 

(9) Le comptoir de la Gastronomie, 34, rue Montmartre. Avis aux amateurs de foie gras !

 

(10) Le cochon à l’oreille, 15, rue Montmartre. Petit café restaurant de l’époque des Halles, où sur un mur peint, il y a l’origine du mot clochard, liée à la cloche de l’église Saint-Eustache.

 

(11) La sculpture est située sur la gauche de l’église, dans laquelle on entre par la droite.

http://francoismunier.over-blog.com/2017/06/le-depart-des-fruits-et-legumes-du-coeur-de-paris-le-28-fevrier-1969-de-raymond-mason-eglise-saint-eustache-a-paris.html

 

 

 

Appuyer sur la détente

Lors d’une soirée en l’honneur d’une jeune thésarde (1) dont  le travail de 3 ans résumés en 300 pages avait pour titre Consolidation du sol des digues anti submersion,                    je bus quelques rhum arrangés… J’imaginais la digue sauter, j’envisageai l’antithèse…

 

 

Des vagues enchanteresses me caressèrent jusqu’à me submerger ; d’autres rivages m’appelaient. J’allais vers le Louvre encore ouvert, la soirée avait commencé tôt.

 

 

La Grande Odalisque de Dominique Ingres (2) m’attendait. Accoudée sur son sofa, ses pieds doux n’avaient jamais marché ; son dos m’invitait à m’allonger contre…

 

 

J’imaginais une masseuse thaïlandaise. Avant la séance, j’allais à dix mètres en arrière du tableau voir la courbe du bras de la jeune femme se poursuivre dans le rideau transformé en cascade de glace.

 

 

J’avais l’impression d’une balançoire. La Grande Odalisque   me proposait de me détendre, de la rejoindre, de me déshabiller, de la caresser…

 

 

Le moment était venu d’appuyer sur la détente, la séance de massage allait commencer pour m’entrainer dans la dinguerie d’Ingres.

 

 

Appuyer sur la détente fait aussi penser à tirer, se tirer dessus, se flinguer, pour se ménager une porte de sortie, alors que le massage thaï ou la contemplation d’une œuvre d’art sont une porte d’entrée dans la vie ; entrer ou sortir, il faut choisir.

 

 

(1) Chère Margot, ces lignes te sont dédiées.

 

 

(2) La Grande Odalisque, 1814, est visible dans l’Aile Denon, galerie Daru, sur le mur mitoyen du salon Denon.

 

 

 

Soulages et ses voisins du Louvre

Pierre Soulages est au Louvre jusqu’au 9 mars 2020, dans   Le Salon Carré, situé dans l’aile Denon. Un résumé de son travail de 1946 à 2019 est présenté, dont les trois dernières œuvres 1, 30 m x 3, 90 m (1), réalisées spécialement pour l’exposition. L’artiste qui sera centenaire le 24 décembre, fut découvert par le public avec ses vitraux de l’Abbatiale Sainte-Foy de Conques, en 1994.

 

Soulages domine la scène picturale actuelle de son audace formelle, lui l’artiste informel : « Je suis arrivé à l’Outrenoir en 1979 à un moment où je peinais sur un tableau raté, que je n’arrivais pas pour autant à lâcher. J’ai compris, le lendemain, que je ne travaillais pas seulement le noir, qui dès lors a envahi la toile, mais la lumière qui s’y reflétait… » (2)

 

À Rodez, il y a son musée où, à sa demande, d’autres œuvres choisies par d’autres côtoient les siennes.

 

Au Louvre, qui sont ces deux voisins de cimaises de chaque côté du Salon Carré ?

 

Si nous venons de La Victoire de Samothrace, sur notre gauche juste avant l’exposition, il y a Le Calvaire, 1440-1445, de Fra Angelico. Plus sombre que la plupart des autres Fra Angelico, cette œuvre a un fond noir comme un aplat, abstrait avant la lettre, qui anticipe Soulages, sans oublier les mains des personnages…

 

Si nous venons de la Grande Galerie, juste avant l’exposition, La Bataille de San Romano, vers 1456, de Paolo Uccello, est sur notre gauche ; le fond noir nous prépare à Soulages.

 

La scène de bataille qui entremêle jambes de soldats et de chevaux a plusieurs points de fuite. Uccello ne maitrisait-il pas la perspective ? À moins qu’il ait accentué la tension du départ au combat avec la ligne brisée où se tiennent les quatre chevaux du premier plan.

 

Avec les jambes de couleurs des soldats, nous nous enfonçons dans la profondeur du tableau ; reculons-nous en biais par la gauche à l’opposé de l’exposition Soulages, l’espace au premier plan s’ouvre…

 

La perspective n’était pas la priorité de Soulages : « Ce que je voyais dans les grottes me paraissait plus important que cette volonté de représentation apparue avec la perspective. Les statues menhirs du musée Fenaille de Rodez, par exemple, m’ont beaucoup plus touché que les sculptures grecques, parce qu’elles vont au-delà de la représentation. Et en ce sens, elles appartiennent davantage au domaine de l’art. » (2)

 

Les œuvres de Soulages, leur mystère, la solitude où elles nous plongent, nous invitent à méditer ; accepter les sensations qui nous traversent. Sans doute est-ce la meilleure manière de visiter le Louvre…

 

(1) Depuis longtemps, Soulages nomme ses œuvres par leurs dimensions.

 

(2) Extraits de l’interview de Soulages par Yasmine Youssi dans Télérama.fr