Ne rien faire

Rien à bricoler

Comment tuer

Le temps

Ne rien faire

Mur ou confiture

Juste regarder

Le chien du voisin

La mer

 

Elle fait des vagues

Il fait la sieste

 

Dépasser le vague à l’âme

Ne pas rester dans le vague

Demander au chien

Âme sweet âme

Le bison

Le bison des prairies du Midwest américain, est appelé          « bison bison bison » pas pour qu’il vienne, mais parce que c’est son nom.

 

Le bison, il y en avait des dizaines de millions avant que Buffalo Bill les chasse pour nourrir les ouvriers qui posaient les rails du train naissant ; il n’en resta que des centaines à la fin du XIXe. Ça donne une idée du barbecue ! Aujourd’hui, reprenant du poil de la bête, ils sont un demi-million.

 

Le bison en pause n’aime pas qu’on dépose un bébé sur sa tête pour la photo ; et puis quoi encore ? Il l’éjecte, c’est con !

 

Le bison en rut laisse des touffes de poils par terre à force de se frotter partout ; ça fait des gris-gris que les femmes offrent aux hommes pour qu’ils osent se servir de l’âme de leur caleçon !

 

Le bison une fois dans la bisonne, l’entend lui dire : c’est bon !

Dans tous les sens

Partir dans tous les sens est mal vu, mal perçu. Le désordre est souvent rejeté, il dérange. Dans tous les sens est apprécié : dans certaines chorégraphies de Pina Bausch ; lors du bouquet final d’un feu d’artifice ; dans un départ de course multidirectionnelle…

 

Anne, héroïne d’un enterrement de vie de jeune fille, dont la visite Les plus belles fesses du Louvre était l’un des temps forts, alors qu’elle en ignorait le titre, l’a rebaptisée : Dans tous les sens. Bien vu !

 

Même si cette visite n’est pas une fête de tous les sens – ni le goût, ni l’odorat, ni le toucher, n’y sont conviés en priorité – alors que s’entremêlent la vue et l’ouïe : chacun, chacune, mêlent les deux sens au gré des regards, des paroles ou des silences du guide et de ses ami(e)s.

 

Les plus belles fesses du Louvre est l’occasion de se laisser aller dans ces deux sens, sur une route à deux voies où la priorité n’existe pas, où l’on avance sans chercher à se doubler, où l’on peut se rentrer dedans sans se faire mal ; regarder, écouter, ne font pas mal, ou un mal nécessaire, un nécessaire à découdre les ourlets de notre âme.

 

Bruno de Baecque

 

Scène d’amour au Grand Palais : Le Christ et la Madeleine

Le génie de Rodin nous submerge dans la première salle de l’exposition Rodin qui vient de commencer au Grand Palais : L’Âge d’airain, L’Homme qui marche, Les Bourgeois de Calais, Le Penseur ; ils sont tous là.

À côté du Penseur, Volk Ding Zero est une sculpture de Georges Baselitz, sensiblement dans la même position ; elle nous annonce que Rodin a inspiré les modernes.

Avançant de salle en salle, on tombe sur Le Christ et la Madeleine. Deux versions, en plâtre et en marbre, montrent le Christ crucifié et Marie-Madeleine, nue devant lui.

Il est rare de voir une œuvre d’une telle l’intimité. Le célèbre Baiser de Rodin est intime ; dans Le Christ et la Madeleine, l’intimité va au-delà : on voit une scène d’amour impossible.

Pour faire scandale, Dan Brown a insisté dans Da Vinci Code, sur les relations du Christ et de Marie-Madeleine.

Les scandales des œuvres de Rodin ont ponctué sa vie artistique (L’âge d’airain, La Porte de l’Enfer, Les Bourgeois de Calais, Balzac) mais il ne les provoquait pas ; il était juste trop sensuel pour son époque étriquée.

Le Christ et la Madeleine va-t-elle faire scandale 100 ans plus tard ? Ça m’étonnerait ; aujourd’hui, on est si cool !

Le Christ et la Madeleine n’est pas au milieu d’une salle ; l’œuvre fera de l’effet à ceux qui gardent assez d’énergie dans leur flânerie pour se laisser embras(s)er…

Le Christ et la Madeleine déborde de sensualité, d’amour, de tendresse, de caresses, d’envie de se taire pour mieux se deviner peau à peau. La tête épuisée de Jésus s’appuie sur l’épaule de Madeleine dont la main agrippe un morceau de la croix ; ensemble ils tombent comme un météorite dont Rodin voit la lumière dans l’atmosphère.

 

Bruno de Baecque

 

L’art n’est pas cool !

À la Saint Valentin j’ai vu des roses rouges dont les bords étaient légèrement noircis. Le fleuriste m’a dit que c’était un signe de bonne santé de la fleur, qui était magnifique.

Je me suis souvenu que chez le boucher, quand la viande rouge est un peu foncée, c’est le signe d’une oxydation qui donne du goût.

Avec Vu sous cet angle, j’essaie d’ouvrir des regards neufs sur les œuvres d’art. Qu’est-ce qu’un regard neuf ? Ce n’est pas un regard éternellement émerveillé, ça va cinq minutes ; c’est un regard ouvert sur ce qui se présente, les parties noircies de la viande et de la rose, les parties sombres, inconnues, de l’œuvre, qui font peur, dérangent…

Le regard peut aussi s’ouvrir sur lui-même ; ça s’appelle la conscience de ses difficultés à s’ouvrir vu la poussière accumulée à l’intérieur. On regarde comme on peut ; si ça fait longtemps qu’on n’a pas ouvert les fenêtres, c’est dur à ouvrir, et l’ouverture prend toute la place. Elle devient le sujet ; l’œuvre à côté…

De là à dire que nous sommes des œuvres d’art, faut pas charrier. En nous laissant aller, glisser, catapulter, vers elles, nous avons une chance qu’elles nous atteignent, nous imprègnent ; nous, moi, toi, vous… Vous art c’est voir.

C’est une formule qui fonctionne : si vous n’êtes pas là, la formule coule, il n’y pas plus de « vous » à côté de l’art ; si vous êtes là c’est cool. Ce n’est pas l’art qui est cool, c’est que vous soyez là à voir l’art. L’art n’est pas cool ; l’inverse est vrai : quand c’est cool, ce n’est pas de l’art.

 

Bruno de Baecque