Soufflons sur nos braises

L’Atelier des Lumières (1), en 2018 puis en 2019, proposait une expérience immersive avec Gustave Klimt ; mon ami Nichol du Lotharay, m’y avait emmené, j’ignorais où j’allais… La porte d’entrée franchie, je fus happé, caressé, envouté, par l’atmosphère poétique des peintures, dont la lumière ruisselait sur les murs.

 

Les gens étaient allongés par terre, je fis de même ; les lumières bougeaient lentement du haut en bas de l’ancienne fonderie plongée dans le noir (2).

 

L’art devenait sensation, accessible à tous, attraction subtile, parc de loisirs inédit.

 

Klimt n’était pas n’importe qui à mes yeux ; lorsque j’avais mis les pieds la première fois chez la future femme de ma vie, son Baiser était un poster au mur à côté d’un autre d’une peinture de soirée dansante espagnole déjantée ; ça commençait bien…

 

Le Baiser XXXXXL tapissait l’Atelier des Lumières : le temps s’arrêtait, j’étais en apesanteur.

 

« L’immersion, voilà l’avenir » me disais-je dans la douceur de ce voyage en tapis.

 

Depuis, j’y pense souvent, à travers deux autres expériences tant décriées :

 

Notre confinement, puis reconfinement où chacun immergé chez lui, explore ses limites ou ses trésors, selon qu’il se plaint ou qu’il coud, interviewe sa mère, apprend l’espagnol, vend ses chaussures sur internet, aide sa sœur à acheter sa maison, prend des photos dans son périmètre d’1km…

 

Et la foule de La Joconde qui a disparu depuis la Covid, elle est (3) riche de tranche de vies insoupçonnables : voyageur, visiteur, touriste, vous, moi, que de sourires, grimaces, doigts dans le nez ; cette femme se met la main dans les cheveux parce qu’elle le vaut bien ; sa sœur se repasse son bâton de rouge à lèvres avant le selfie… Tandis que tous essaient de la voir quelque chose.

 

Renonçons à voir l’icône inaccessible – surtout en ce moment – trop loin, trop célèbre, trop protégée comme une star envoyant son sourire ajustée à un groupe de professionnels accrédité ; tournons-nous discrètement vers le paragraphe précédant – nous ne les dérangeons pas, ils sont occupés – comme Henri Cartier-Bresson dans son fameux reportage photo, en 1937, lors du sacre du roi Georges VI à Trafalgar Square (4).

 

L’immersion précède l’envie d’aller au-delà en creusant le sujet, ou déjà, de la raconter à son pote qui s’enflamme, même si Miossec chante Brûle « Tout luit, tout brille, mais rien ne brûle » (5).

 

S’immerger dans la foule, la solitude, la soirée, l’amour, l’art, la musique, la littérature, les ratures sur nos brouillons…

 

Ne brillons pas, soufflons sur nos braises jusqu’à ce qu’il nous faille descendre.

 

(1) Atelier de Lumières : https://www.atelier-lumieres.com/

 

(2) La Fonderie du Chemin-Vert ouvre en 1835 ; aujourd’hui se fondre dans la foule allongée, une application du rapport chaleur/surface, si chère à Eric de Bonneuil.

 

(3) Le présent, non l’imparfait, car cette foule est éternelle ; s’immerger dedans a de l’avenir…

 

(4) Lien pour voir une de ses photos : https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/c4byX6o/rXgx57

 

(5) Pour écouter la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=IY1LcTCAdt4

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

  • Aucun des champs ci-dessous n’est obligatoire.
  • Ce que vous saisissez sera conservé indéfiniment.
  • Votre adresse IP est anonymisée.

Résoudre : *
23 × 10 =