Richard Serra sous la neige

Une image arrive sur mon téléphone avec cette mention        « Et un petit Serra sous la neige ? ». L’adjectif « petit » est affectueux, admiratif ; sinon, petit est ce qui correspond le moins aux œuvres de cet artiste américain, né en 1939, à San Francisco.

En regardant la photo, je suis frappé par la délicatesse de la neige qui ajoute de la grâce à cette œuvre, une élégance, de la légèreté…

Visible à Saint-Louis, Missouri, la sculpture frappe par la puissance de sa présence, comme tout le travail de Richard Serra.

L’acier est entré dans sa vie en travaillant dans une aciérie pour financer ses études d’art ; son père travaillait sur un chantier naval ; Serra manie l’acier Corten.

L’exposition Monumenta au Grand Palais en 2008 ne m’avait pas emballé avec sa série de monolithes dressés sous la nef ; ici je suis très ému : serait-ce la neige qui fait la différence ?

« La signification de l’installation n’existant pas en dehors de l’expérience du spectateur, chacun devient le sujet de l’installation » écrit Serra ; je suis le sujet enneigé.

La photo en noir et blanc avec le grain de la neige me fait basculer dans un univers poétique, face à un brise-glace…

Je pense à une sculpture en bronze de François-Joseph Bosio au Louvre, Hercule combattant Achéloüs métamorphosé en serpent Hercule combattant Achélous métamorphosé en serpent

Quel rapport avec la sculpture de Serra ? La transformation de l’œuvre par les coulures liées aux intempéries – d’abord installée dehors – qui lui font des peintures de guerre…

La neige et la pluie emportent tel regardeur ailleurs tandis que tel autre n’y prêtera pas attention ; mais comme le dit Serra, seule compte l’expérience du spectateur.

Expérience qui gagne à faire feu de tout bois, à prendre l’ensemble des signes qui se présentent avec l’œuvre : la pluie, la neige, sont avec l’œuvre…

Attendre qu’elle fonde ou qu’on lave les coulures de pluie serait décider que l’œuvre doit être vue dans des conditions « normales ».

Mais si tout était « normal » il n’y aurait jamais eu d’œuvre… Le travail de l’artiste est anormal, en dehors de la norme, pour vivre l’aventure qui le mène à l’œuvre… ou pas.

Que tout cela nous parvienne par une voie aussi normale qu’un MMS rappelle ces vers d’Alfred de Musset dans           La coupe et les lèvres (2) :

Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse ?

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?

(2) Poème dramatique en deux actes et en vers publié en 1833 dans Un spectacle dans un fauteuil ; en voici un plus large extrait :

Doutez, si vous voulez, de l’être qui vous aime,

D’une femme ou d’un chien, mais non de l’amour même.

L’amour est tout, — l’amour, et la vie au soleil.

Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse ?

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?

Faites-vous de ce monde un songe sans réveil.

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