Quand le rire a régné

Elle commence par sécréter, dans son abdomen, de la soie liquide, qu’elle expulse par des petits tubes entre ses pattes arrière, les fusules. Au contact de l’air, la soie se solidifie pour faire un fil, qu’un courant d’air emmène vers un autre point d’appui.

Ensuite, c’est comme un Y ; trois points d’appui et un centre. Autour du centre, elle tisse des fils concentriques, la toile.

Les fils de la toile sont gluants, pour piéger la proie ; mais l’araignée, pour régner sur sa toile, utilise une autre soie, antiadhésive. C’est une tueuse professionnelle.

Roger Price (1918-1990), humoriste américain, se moque d’elle ; c’est son boulot. Il a créé Grump Magazine en 1965, dont le sous-tire est Pour ceux qui sont contre toutes  les stupidités en cours.

En France, Charlie Mensuel  le découvre en 1969. George Perec l’adoube dans sa préface du Cerveau à Sornettes  :      « Les Américains ne sont pas drôles, Roger Price, si ! »

Avec son titre du dessin en illustration, Toile tissée par une araignée manquant de métier, Roger Price, ouvre l’imaginaire en nous invitant à considérer l’apprentissage de la perfection de la nature…

Ces cercles embrouillés peuvent nous évoquer autre chose : des anneaux olympiques démultipliés soulignant le maillage serré d’un réseau d’entraide entre athlètes ; une proposition de décoration pour une grille en fer forgé ; une moucharabieh en bois sculptée ; des nœuds au cerveaux, comme dans l’expression « avoir une araignée dans le plafond » qui signifie, être dingo, taré…

Les dessins de Roger Price sont des Droodles

C’est-à-dire un mélange de doodle (griffonnage) et de riddle (énigme) ; l’énigme ne vaut qu’avec sa résolution, ces dessins et leur titres forment un ensemble. Sans titre n’aurait aucun sens.

Jean Dubuffet (1901-1985) a aussi exploré la veine du griffonnage, avec sa série Hourloupe, inspirée des hachures faites pendant la conversation téléphonique.

La tour aux Figures, 24 mètres de haut, conçue en maquette en 1967, inaugurée en 1988 sur l’ile Saint Germain, est son chef-d’œuvre.

L’araignée, son apprentissage fini, passe pro ; elle inspire l’artiste argentin, Tomàs Sarceno dont l’exposition Carte Blanche au Palais de Tokyo en 2018, a bouleversé tous les heureux qui l’ont vue et souvent revue.

L’araignée tend des pièges mortels ; l’humoriste, non. Il nous prend à contre-pieds : nous perdons l’équilibre, le temps d’un dessin, d’une vanne, quand le rire a régné.

 

 

 

 

 

 

  1. Je complète non sans dissimuler mon admiration pour la toile de la débutante…
    Florence ne peut pas s’endormir dans une chambre dans laquelle elle a aperçu une araignée…. on la dit donc arachnophobe !

    Il existerait 48000 espèces d’araignées et cet animal carnivore serait plus âgé que l’Homme…!
    L’une de ses “congénères”, œuvre de Louise Bourgeois, s’est récemment vendue à plus de 40 millions de dollars… Bien que géante, elle n’a pas fait peur à son acquéreur, qui dort probablement d’un sommeil plutôt heureux….
    Pour la voir c’est ici : https://www.connaissancedesarts.com/artistes/louise-bourgeois/record-mondial-de-vente-une-araignee-geante-de-louise-bourgeois-devient-loeuvre-la-plus-chere-de-lartiste-11174411/?xtor=EPR-3229

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