Nos faces cachées

Alain Finkielkraut, invité du 7 / 9 de France Inter mardi 19 mai, déplore que les masques l’empêchent de voir les visages des gens quand il descend dans la rue ; je déplore qu’il n’ait eu que ça à dire à propos des masques, en dehors de rappeler, encore heureux, qu’ils sont indispensables.

 

Les masques masquent une partie du visage, d’où leur nom ; occasion de s’intéresser à la partie non masquée… Les yeux, le regard qui va avec, tiens donc !

 

Depuis longtemps, dans la rue, on ne peut pas dire qu’on se regardait tant que ça les uns les autres ; on avait du temps devant nous, pensions-nous…

 

Le covid a changé la donne et dans la nouvelle, non seulement des regards s’allument, après deux mois de confinement, mais en plus, certains masques sont beaux, originaux, artisanaux, fait avec une machine ressortie de l’armoire…

 

Il y a des couturiers d’occasions, et de vraies couturières ; elle était dans un cirque chargée de faire des costumes, mais l’envie d’indépendance, d’un atelier, a sonné !

 

Depuis le covid, les gens lui apportent des tissus, magnifiques, précieux ; évidemment, on ne va se mettre un vieux slip sur la tête, sans compter que la mode n’est jamais loin à Paris où paraître revient au galop avec tant de naturel.

 

La mode repose sur la séduction, le besoin de légèreté, de rêve, qu’a bien compris son industrie ! Les masques artisanaux répondent d’une autre manière aux mêmes besoins : ils transforment les queues à la boulangerie, boucherie, poissonnerie, en nouveaux défilés !

 

Loin de la mode, Bob Dylan avertit les Masters of War « I see you through your mask » (1) ; sa chanson est dure, comme la guerre.

 

Loin de la guerre, j’ai vu un masque africain imprimé sur un tissu accroché au visage d’un passant ; il m’a fait penser à Picasso qui leur prêtait des vertus protectrices et s’en est inspiré dans toute son œuvre, malgré sa formule :  « L’art nègre ? Connais pas ! » (2).

 

Notre œuvre à nous, si nous en avons une à accomplir, n’est-elle pas de découvrir nos faces cachées ?

 

(1) Pour écouter la version de Masters of War par The Avener, alias Tristan Casara, DJ français d’électro house, né en 1987. Bob Dylan a aimé sa version ; elle emmène sa chanson dans un autre monde qui ne sait peut-être même pas qu’il existe : https://www.youtube.com/watch?v=KGFagK-LuQo

 

(2) La formule cache le génie comme l’arbre la forêt ; le catalogue de l’exposition Picasso primitif au musée du Quai Branly en 2017 ne cache rien :

https://www.dessinoriginal.com/fr/catalogue-d-exposition/8306-catalogue-picasso-primitif-musee-du-quai-branly-9782081377066.html