Nicolas de Staël, un aiguisement acéré

Avant d’être confinés, nous n’avions plus d’yeux pour nos étagères de cuisine, mais maintenant, nous nous débrouillons à la maison, dans nos foyers… Celui de Nicolas de Staël, selon sa fille Anne, c’était la peinture.

 

Deux cafetières, l’une noire, des pots en terre cuite grise, un chandelier blanc sans flamme mais très lumineux, posés sur une étagère sur un mur bleu, sont embarqués ailleurs dans Nature morte au chandelier, 1955, visible au Musée Picasso à Antibes (1).

 

« Entre une abstraction qui n’a pour elle que le nom et une figuration qui n’illustre qu’imparfaitement le réel, Nicolas de Staël a exploré jusqu’à l’épuisement (2) le vrai domaine de la peinture dans son essence et son esprit. » écrit Jean-Louis Prat (3) commissaire de l’exposition de Staël à la Fondation Gianadda (4) en 1995.

 

Cette cafetière ne donne pas plus envie de boire un café que la scène de la tasse à café (5) de Deux ou trois choses que je sais d’elle, le film de Godard en 1967 ; dans les deux cas nous plongeons dans l’espace de la peinture ou du film.

 

L’espace de sa peinture se perçoit particulièrement dans la série Agrigente. Il part en Sicile 1952 à Agrigente avec sa femme Françoise, ses enfants, sa jeune maîtresse Jeanne, des carnets et des feutres, pour saisir les grandes lignes de paysages auxquels il va donner les couleurs de sa poésie (6).

 

Comment a-t-il pu avoir de tels gestes de peintre ? Sa fille Anne trouve une clef inspirée de la vie intime de son père : quelques mois après la mort de Jeannine (sa première femme), il se marie avec Françoise, qui s’occupait de leurs deux jeunes enfants.

 

Anne  en conclut : « Ils se marient en mai 1946 sans attendre qu’une couleur sèche pour en poser une autre. Il posa à côté d’une douleur profonde le ton de la joie la plus haute. Et on peut dire que de la contradiction de pareils sentiments, il puisait une énergie ramassée sur l’instant, qui permettait d’avancer en vue d’un aiguisement acéré ».

 

(1) Site du musée Picasso d’Antibes : https://www.antibesjuanlespins.com/a-voir-a-faire/culture-et-patrimoine/les-musees/le-musee-picasso-2031894

 

(2) En 1955, il se jette de la terrasse de sa maison à Antibes, à 41 ans.

 

(3) La peinture, Jean-Louis Prat, commissaire d’exposition indépendant depuis 2005, après avoir dirigé la Fondation Maeght entre 1969 et 2004, en connaît un rayon.

 

(4) Site de la fondation : https://www.gianadda.ch/

 

(5) Extrait du film : https://www.youtube.com/watch?v=2dfs0X3zOw0

Notez qu’avant de lancer la vidéo, le dessin d’une bouche à la surface du café…

 

(6) Série Agrigente ; https://www.google.com/search?q=agrigente+nicolas+de+stael&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=YjESMSZZnqbJ_M%253A%252CndaGRMApWPSCTM%252C_&vet=1&usg=AI4_-kTwszIPr03aOkPH_Po8XBuMRFGq_g&sa=X&ved=2ahUKEwie1_WFsPfoAhV16uAKHageDq0Q9QEwAXoECAkQFg#imgrc=YjESMSZZnqbJ_M: