Mettez un pull !

Arsène est invité à diner chez Vinz et Mms, en banlieue sud. Il arrive avec Leimur, sa femme. Il ne fait pas chaud.

Arsène : Ça caille chez vous. Vous n’avez pas allumé le chauffage ?

Mms : Mets un pull !

Liemur : Et si on a très froid ?

Mms : Mettez-en deux !

Arsène connait l’esprit radical de Mms ; son mari Vinz, vieux pote d’Arsène, 10 ans de plus, arrondit les angles.

Vinz : Je viens d’allumer le chauffage !

Ils ont d’autres visiteurs à venir, Vinz anticipe les vannes…

Arsène imagine que « Mets un pull ! » se transforme en         « Mettez un pull ! », slogan politique de la lutte pour un changement de monde…

L’énergie nucléaire fait tourner le monde actuel, aux habitudes consommatrices ; dans l’autre monde, avec moins de centrales, plus d’éoliennes, de panneaux solaires, de vélos, on consomme moins, sans devenir ascétique, ermite, peine à jouir ; on ne s’empale pas (1), on met un pull !

Rotin vient d’arriver avec Timar, sa douce ; il parle d’une question d’un sondage qui l’a sidéré.

Rotin : Portez-vous les vêtements que vous acheter au moins 3 fois ?

Rotin : Moi c’est plutôt 300 fois !

Arsène : Tous les combien tu les laves ?

Timar : Je m’y colle.

Vinz et Mms : Avec ou sans machine à laver ?

Timar : Avec ; branchée sur une batterie.

Rotin : J’ai installé la dynamo sur le vélo.

Arsène et Liemur : On dîne avec des durs !

Vinz et Mms annoncent de jeunes invités « surprise ». Ils débarqueront vers 21 h 30 h, après l’apéro ; ils seront drôles, on les aimera beaucoup.

À l’apéro on trinque, on mange des copeaux de thon, on se coupe la parole, on rit d’un rien, même le chien remue la queue ; la fête est totale !

Arsène se souvient du pull géant en béton au bord de l’estuaire à Saint-Nazaire, œuvre géante de Daniel Dewar et Gregory Gicquel ; la marée le couvre et le découvre ; rien à voir avec une usine marée motrice. En parler ?

Les  jeunes invités sonnent ; Ils sont cinq ; les parents, trois enfants ; on passe à table ; Arsène leur raconte l’épisode de l’apéro ; Vida, le père, résume :

Mettez un pull / La planète reprend espoir / De se voir si belle / En ce miroir / C’est la fête / Dansez, soyez en nage / En âge d’enl’ver le pull / Et le reste / Faîtes l’amour / Pas l’nucléaire / Ni l’eunuque à l’air.

Applaudissements. On mange des rillettes de cerf en écoutant le brame dans une petite boite, du bœuf-carotte, en se rappelant la pochette d’Atom Heart Mother de Pink Floyd, de la tarte, en silence, on boit du vin moelleux.

Soudain, Vinz et Mms signalent l’horaire du RER. Pas le temps de faire l’amour, disent les enfants. On part en courant.

Le lendemain, Arsène appelle son pote Livore. Il était à un mariage dans une ferme, sans chauffage, à 7°.

La mariée n’avait pas de pull ; un invité lui a offert du whisky tourbé Caol Ila de l’Ile d’Islay ; elle a adoré.

Arsène lui raconte sa soirée. Livore pense que « Mettez un pull, sauf le jour de votre mariage ! » serait un slogan trop long.

(1) Dans Les Onze mille verges, le roman pornographique de Guillaume Apollinaire, certains condamnés, empalés, bandent et pénètrent une dernière fois une femme, avant de mourir…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Tiens, si ma mémoire ne flanche pas encore, cela me rappelle quelques souvenirs … et une belle soirée pleine de vie et de rires!
    Merci Arsène!
    Génial ton texte, quel talent!

Laisser un commentaire

  • Aucun des champs ci-dessous n’est obligatoire.
  • Ce que vous saisissez sera conservé indéfiniment.
  • Votre adresse IP est anonymisée.

Résoudre : *
26 × 29 =