Le virtuel a des vertus

Confinés, le moment est venu de s’intéresser pour de bon aux visites virtuelles des musées. Dans les visites Vu sous cet angle, nous allons à la rencontre des sensations de la matière, peinture, sculpture, architecture, verdure, tandis que sur l’écran… Ça fait écran !

 

Crevons l’écran ! La National Gallery est accessible sans traverser la Manche. On y voit entre autre des œuvres de Monet : falaises d’Etretat, séries des cathédrales de Rouen…

 

Cliquons sur le lien ci-dessous :

https://artsandculture.google.com/exhibit/s%C3%A9rie-de-tableaux-de-monet-sur-rouen/lALijhmKqfavLg

 

Incroyable ! Sa manière de peindre, qui donne cette matière lumineuse, aux éclats de couleurs multiples, sa signature en somme, prime sur les sujets, cathédrales, falaises ; elle est devenue son sujet : l’art moderne est en route…

 

Kasimir Malevitch (1878-1935), artiste russe, créateur du Suprématisme(1), connu pour son Carré noir en 1915 (2), trou noir ouvert dans l’univers pictural, était aussi critique d’art ; à propos des cathédrales de Monet, il a écrit :              « La peinture poussait sur la toile. »

 

C’est fulgurant ! Selon Malevitch la peinture de Monet est un « jardin » où la poésie pousse sur la toile ; difficile pour les chrétiens de ne plus « voir » la cathédrale qui n’est pas soluble dans la peinture !

 

Monet a peint les falaises d’Etretat, en 1884, avant ses séries, en 1890 ; la falaise a quelque chose d’organique avec sa trompe d’éléphant, sa masse, le vert de gris qui la coiffe…

 

Monet a dit de sa série de cathédrales : « Tout change, même la pierre » ; voyons-nous encore l’aspect minéral de sa falaise ?

 

Lors d’une croisière sur Sum-Sum, catamaran construit par mon frère, le long des côtes asturiennes, le vent momentanément absent, le ronronnement du moteur entêtant, j’ai tué l’ennui en cadrant les falaises avec mes doigts ; nous étions suffisamment près, j’en voyais la matière : Vu sous cet angle est né comme ça !

 

Les musées ont développé les séances virtuelles pour les publics « empêchés » : malades, personnes à mobilité très réduite, personnes très âgées, hospitalisés, détenus ; confinés, nous allongeons momentanément la liste…

 

Aiguisons notre regard pour être prêts, une fois déconfinés (3), à sauter dans les rues des villes, les champs, les collines, les jardins, les forêts, le long des rivières, sur les plages, dans la mer… Nous allons être très impressionnés ! Quelqu’un nous peindra-t-il ?

 

(1) Le suprématisme est un mouvement qui prône la géométrie, les couleurs primaires, et le dynamisme à la suite du Cubisme et du Futurisme.

 

(2) Lien pour voir – joie d’Internet – de nombreux Carré noir :

https://www.google.com/search?q=malevitch+carr%C3%A9+noir&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=G142A1LGCl10xM%253A%252C6sDoFB888JXsfM%252C%252Fm%252F0ndskt8&vet=1&usg=AI4_-kTU6KnTZHaW77SkEtGZTuTvZF5Rkg&sa=X&ved=2ahUKEwjzqc6o77foAhVDxYUKHVEnAg4Q_B0wCnoECAsQAw#imgrc=G142A1LGCl10xM:

 

(3) Pas surprenant, « déconfiné » n’est pas (encore) dans Le Robert (papier !) ; amusant de lire l’étymologie de confiner, qui vient de confins, limite d’un territoire. Confiner, toucher aux limites d’un pays… ou de sa Santé Publique… Allez, on applaudit à 20 h !