Il manque une colonne

Le Pont Alexandre III, construit à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, célèbre l’entente franco-russe, initiée en 1892 par un accord militaire entre l’Empire Russe et la France (1).

 

C’est le plus élégant des ponts parisiens : arche unique, 32 candélabres ponctuant la légère courbe du tablier, quatre colonnes en haut desquelles brillent la feuille d’or des statues ailées. Pourquoi des colonnes ?

 

L’arche unique, conçue pour faciliter la navigation, et la       « taille basse » du pont, dessinée pour ne pas rompre la perspective des Invalides depuis les Champs-Elysées, impliquent une puissante poussée latérale de la voûte sur chaque rive ; autant de contraintes qui excitèrent le génie de l’ingénieur Résal (2). Et les colonnes ?

 

D’énormes fondations en béton résistent à ces deux poussées ; sans lien avec les quatre colonnes qui n’ont aucune fonction dans la structure du pont.

 

Dans les documents conservés aux Archives Nationales (3), elles sont dans les « Décors » : elle ne servent donc qu’à faire joli ?

 

Elles cadrent la perspective : les groupes ailés, dorés, des renommées annoncent le dôme doré de même, des Invalides. Sans elles le pont serait plat.

 

Regardons ce qui ne se voit pas : l’espace qu’elles délimitent sur le pont Alexandre III, sur lequel glissent les traines des jeunes mariées, sauf en ce moment ; les masques tuent l’amour et ses robes d’un jour…

 

Et sous le pont, que se passe-t-il ? Le trafic fluvial (4) de marchandises ! Qu’on se le dise, il court après sa renommée… Un jour, fera-t-il la Une ?

 

On ajoutera alors une colonne au pont, en souvenir de l’émission culte « Cinq colonnes à la une » (5) ; elle fit les grandes heures de la télé entre 1959 et 1968 ; un an avant la naissance du port de Paris en 1970 : ah, quand ça veut pas…

 

Trêve de colonnes, il y a trop de ponts à Paris (6), et pas assez de trafic fluvial de marchandises : au lieu d’ enjamber le fleuve, qu’attend la ville pour renaitre avec lui ?

 

S’il y a les cafés flottants et les berges piétonnes pour promener sa chérie, c’est le fleuve le grand pari !

 

(1) Cette entente entretient la russophilie ; l’emprunt russe, qui commence dès 1888, finance le Transsibérien ; mais avec la révolution russe en 1917, l’amour est mort !

 

(2) Jean Résal (1854-1919), fut le plus grand concepteur de ponts métalliques de la fin du XIXe siècle : le pont Mirabeau, le pont de Bercy, le pont Notre Dame, la Passerelle Debilly ; il fut expert dans la construction métallique du Grand Palais.

 

(3) Lien : https://fr.calameo.com/read/005375114cbe32fd16b1c?page=30

 

(4) Le trafic fluvial de passagers a pris du plomb dans l’aile à cause de la Covid !

 

(5) Pierre Lazareff (1907-1972) journaliste, patron de presse, producteur de cette émission de télévision, explique le titre : « Si vous voulez être connu, il vaut mieux que l’on dise de vous sur 5 colonnes à la une de France-Soir : « Ce type est un salopard » plutôt qu’à la page des petites annonces « ce type est formidable, il cherche du boulot ! ».

 

(6) 37 ponts dans la capitale et même si Lao Tseu a dit :        « L’homme n’est pas fait pour construire des murs mais pour construire des ponts », métaphore où les murs enferment et les ponts ouvrent, à Paris, l’ouverture viendra du fleuve…

 

 

 

 

  1. Bonjour, J’ai vu ton frère Antoine sur la chaîne Parlementaire, faisant des commentaires sur les relations entre François Truffaut et Jean-Luc Godard.

  2. un pont sans piles c’est assez branché mais ça pousse dur sur les fondations en rive qu’on appelle des culées. Cet équilibre nécessaire a fait l’objet d’un célèbre dicton du BTP “on n’a jamais vu de ponts sans culées”.

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