Haut bas fragile

Le billet de 100 francs, le Delacroix, émis en 1979, rend le tableau La Liberté guidant le Peuple, familier à tous les Français qui vont le voir au Louvre.

 

Présenté par Delacroix au salon de 1831 sous le titre Scènes de barricades, La Liberté guidant le Peuple est arrivé au Louvre en 1874 (1). Entre temps le tableau avait été retiré des cimaises pour ne pas inciter le peuple à la Révolution.

 

Actuellement le musée est fermé ; en temps normal, le public n’en voit que la moitié supérieure pour la bonne raison qu’il y a toujours un groupe devant.

 

Il représente l’une des Trois Glorieuses en 1830 ; 3 jours, 27, 28, 29 juillet au cours desquels le roi Charles X fut chassé, ce qui ne fut pas une perte, pour faire monter sur le trône un autre roi, Louis-Philippe, plus cool, mais roi quand même.

 

Même si Delacroix n’était pas Républicain, plutôt nostalgique de l’Empire, on tableau, est devenu en 1874, au début de la IIIe République, une icône républicaine (2).

 

En haut les héros, le manufacturier en casquette avec son sabre, à côté du chef d’atelier ou compagnon avec son fusil et son haut de forme ; de l’autre côté de la Liberté, le môme qui va inspirer Gavroche dans Les Misérables, édité en 1862.

 

La Liberté a les seins nus, le drapeau à bout de bras ; son visage de profil est un repentir de l’artiste qui l’avait d’abord peinte de face ; promet-elle aux hommes : « Après l’effort le réconfort » ?

 

En bas, les morts, l’un sans ceinture à son pantalon, l’autre à moitié nu, un téton dénudé mis en valeur par l’échancrure de sa chemise.

 

Delacroix sait rendre les victimes excitantes ; il suffit de regarder Scènes des Massacre de Scio pour voir l’extrême beauté du jeune homme brun mourant (3) ; La Mort de Sardanapale (4) dont les fesses de la maîtresse qui se fait poignarder sont l’un des sommets de la visite Les plus belles fesses du Louvre.

 

Lien entre le bas et le haut, un personnage à genoux, habillé avec les couleurs du drapeau français, représente un ouvrier en bâtiment venu de la campagne ; il implore la Liberté de venger les morts.

 

Faisons l’exercice suivant : partons du poing de la Liberté qui tient le drapeau, descendons par son bras jusqu’à sa tête, faisons une boucle, continuons à descendre le long de son corps, passons le long du dos du personnage à genoux, allons jusqu’à la tête de la victime de gauche, faisons une boucle, allons en bas jusqu’à la tête à droite de l’autre victime.

 

Regardons bien : nous avons tracé un L majuscule comme les enfants apprennent à en faire à l’école. L comme Liberté !

 

Haut bas fragile sont les mots inscrits sur les caisses qui protègent les œuvres d’art quand on les met à l’abri d’une révolution où le haut devient le bas, avec au bout la Liberté.

 

(1) La Liberté guidant le Peuple a été la tête de gondole de La Galerie du Temps, au Louvre Lens, en 2013 ; La Galerie du Temps est l’une des meilleures expériences muséales que je connaisse. D’accès libre.

 

(2) La Marseillaise, hymne de la République Française, a été composée par Rouget de Lisle, un général royaliste.

 

(3) Lien pour voir Scènes des Massacres de Scio https://fr.wikipedia.org/wiki/Sc%C3%A8nes_des_massacres_de_Scio#/media/Fichier:Delacroix_Massacre_de_Scio_-_1824_(2020).jpg

 

(4) Lien pour voir La mort de Sardanapale

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mort_de_Sardanapale#/media/Fichier:Eug%C3%A8ne_Delacroix_-_La_Mort_de_Sardanapale.jpg