Faire ou ne pas fairplay

À Wembley, dimanche, l’Italie a battu l’Angleterre aux penalties; la majorité des joueurs anglais, leur médaille d’argent passée autour du cou sur le podium, l’ont enlevée une fois redescendus, sur la pelouse.

Le fairplay se traduit en français par : « acceptation loyale des règles ». Qui respecte les règles du jeu, accueille la défaite, ou va chercher la victoire.

Il est aussi difficile de gagner en se dépassant que d’accepter la défaite, quand le fait est, sans qu’on ait tiré aux dés; même la « cruauté » de la séance des tirs aux buts ne doit rien au hasard; pour que l’un gagne, l’autre doit perdre.

Accepter la défaite, c’est reconnaître sa victoire au vainqueur, et au-delà, les qualités qui lui ont permis d’y parvenir; cela suppose un pas de côté pour se dégager de sa rage, frustration, colère, de ne pas avoir gagné…

Cela s’enseigne, s’apprend, dans les clubs sportifs; à un tel niveau, c’est acquis, normalement…

Le fairplay, naturel pour les uns, se cultive, pour tous les autres, avec intelligence et un minimum d’humilité; admettre que pour gagner un jour, il faut commencer par perdre, souvent…

Cette culture de l’échec pour préparer la gagne dépasse la sphère du sport. Roxanne Varza, jeune directrice et responsable de la Station F (1), incubateur géant de start-up, mis en place par Xavier Niel, a conçu et organisé de nombreuses « Fail Con »; ce sont des conférences de l’échec, où l’on partage pendant une soirée ses expériences de plantades; pourquoi pas une soirée franco-anglaise ?

L’Angleterre était chez elle à Wembley; ça n’a pas suffit. L’Italie était-elle plus familière avec la victoire ? Cela fait 55 ans que l’Angleterre courre après une grande victoire depuis qu’elle a été championne du monde en 1966 en battant l’Allemagne 4 -2.

14 ans plus tôt, en 1952, Nicolas de Staël assiste au match de foot France-Suède, au Parc des Princes (2); la soirée lui donne envie de peindre; la série Les Footballeurs va naître sous son pinceau : joueurs en mouvement, couleurs, énergie…

On dirait un corner; le ballon arrive en l’air… Le fond est rouge, couleur de l’herbe comme le titre du roman de Boris Vian, paru deux ans avant, L’Herbe rouge, où il écrit « il vaut mieux être déçu que d’espérer dans le vague »; tiens, tiens…

Tous les tableaux de sa série n’ont pas l’herbe de la même couleur, si toutefois on décide que le fond est l’herbe et qu’ainsi sa peinture est réaliste, ce qui n’est pas le cas…

Au-delà de gagner ou perdre, il y a le jeu, sa beauté, sa joie; lorsqu’on aime le foot, un coup franc qui lobe le mur et va dans la lucarne, c’est jouissif; une passe qui trouve le trou dans l’axe au niveau des 18 mètres, aussi; les une-deux, les crochets qui prennent à contre-pieds, les feintes de tir, les petits ponts, c’est si fin; les longues transversales qui renversent le jeu; les sprints des contre-attaques…

Mais au-delà du foot, ma relation à la langue anglaise, et américaine, est profonde; j’étais triste dimanche soir.

J’ai fait un effort pour être aimable avec mes collègues guides conférenciers italiens, improvisés « amateurs » à la fin du match, sur Whatsapp…

Faire ou ne pas fairplay ? Faire avec ! La formule anglaise est connue : « There are good days and there are bad days ! »(3).

(1) F comme Freycinet : la Halle Freycinet, fut construite dans les années 1920 pour accueillir les messageries de la SNCF, juste à côté de la gare d’Austerlitz.

(2) Le stade actuel date de 1971.

(3) Traduction : il y a des dimanches avec ou sans finale !

 

 

 

 

 

 

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