Back to Auerbach

La peinture est matière poétique à part entière, le geste du peintre. Frank Auerbach, est un peintre anglais. Né en 1931, d’origine juive allemande – ses deux parents sont morts dans les camps ; il arrive en Angleterre en 1939 (1).

 

Il fait partie de L’École de Londres (2), avec Francis Bacon, Lucian Freud, entre autres… Bacon est le plus connu, Freud arrive ensuite, puis, loin derrière, connu des seuls amateurs de peinture moderne, Frank Auerbach.

 

Pourquoi ? Peut-être parce que Bacon est un peintre transgressif, homosexuel, qui commence sa carrière avec une crucifixion hurlante, puis un pape criant, un boxeur agonisant sur des toilettes… Freud peint des modèles de la scène underground homosexuelle, et d’autres, obèses, bref, sa peinture est à son tour un « manifeste » !

 

Regardons le portrait Head of J.Y.M II, huile sur toile, 1969 ; Juliet Yardley Mills, modèle professionnel, a souvent posé pour lui. Le jaillissement de matière mène Auerbach au-delà de Bacon ou Freud ; sa peinture est sculptée dans l’espace pictural ; la pâte évoque Eugène Leroy (3), mais le style figuratif montre la délicatesse de l’attitude, un léger abandon, le raffinement du maquillage sur la paupière ; les mains qui se dressent le long du cou, en prière…

 

Le critique Richard Cork voit dans les figures d’Auerbach un aspect torturé, lié aux saloperies nazies, et l’histoire semble lui donner raison ; mais c’est sa manière sauvage de peindre qui nous scotche !

 

Il a vécu et longtemps travaillé à Camden Town : « Cette partie de Londres est mon monde. J’ai erré autour de ses rues si longtemps que je me suis attaché à elles comme les gens à leurs animaux de compagnie. »

 

Les chiens flairent les traces de crottes sur le trottoir ; les peintres, la vie, sur la peau des modèles.

 

Vous avez envie de traverser La Manche, de courir à la Tate à Londres pour regarder ses toiles… Elle est encore fermée ! C’est sur Internet que je les ai vues, grâce à un ami qui a tenu une galerie d’art moderne, en a conservé une profonde culture ; je ne m’en suis pas remis.

 

(1) Pour voir un autoportrait, cliquez :

https://www.wikiart.org/fr/frank-auerbach

 

(2) « L’École de Londres » est un terme inventé au début des années 1960 par le peintre Kitaj, regroupant cinq artistes : Bacon, Freud, Auerbach, Andrews, Kossoff ; ils se réunissent à Soho dans le club Colony Room, tenu par Muriel Belcher, grande amie de Bacon. Liée à la Grand Manner définie au XVIIIe siècle par Joshua Reynolds, lui-même inspiré par la Renaissance, des critiques d’art y vont vu la persistance de la peinture et l’obsession de la figure, par opposition à la peinture abstraite. Selon Pierre Cuzin, la Grand Manner renvoie à l’idée que « la peinture naît de la peinture : ce n’est pas le spectacle d’un lapin mort qui oblige Chardin à peindre, c’est la vue d’un tableau de Jan Fyt »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Fyt#/media/Fichier:Jan_Fyt_-_Bagged_Hare_and_Game-Fowl_-_Google_Art_Project.jpg

À l’inverse, Chaïm Soutine a dit qu’il avait appris à peindre en regardant pourrir dans son atelier, les poulets trouvés aux abattoirs de Vaugirard, proche de la Ruche. Comme quoi !

 

(3) Eugène Leroy est un peintre du nord de la France, dont on voit les tableaux au LaM de Villeneuve d’Ascq ; si vous ne pouvez pas attendre, cliquez :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Leroy#/media/Fichier:Eug%C3%A8ne_LEROY_-_La_cr%C3%A9ation,_les_filles_de_Leucippe.jpg

 

 

 

 

 

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