L’atmosphère a de la gueule

« Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » se demande Arletty, en écho au mots de Louis Jouvet « Mon atmosphère c’est toi ! » dans le film mythique Hôtel du Nord. L’exposition Atmosphères, à la Galerie d’Architecture (1), réunit photos d’architecture et visages dans des diptyques.

 

Des halls, parois d’immeubles, sols de gymnase, immenses poutres, rampes d’escaliers, charpentes… Et des visages ! Côtes à côtes ! Et ça marche !

 

La profession de foi à l’entrée de l’exposition est claire :       « L’attention et le respect à l’égard des hommes, des lieux, de l’histoire et des phénomènes éphémères de notre monde – la lumière et le paysage, le temps qu’il fait    et les jardins – sont les fondements de la conception de Dietrich / Untertrifaller Architectes. Le bâti n’y occupe qu’une part. »

 

Des architectes sensibles au « temps qu’il fait » pour bâtir des « atmosphères » où des gens vivent leur vie : c’est formidable !

 

Robert Fabach, concepteur de l’exposition, et Vincent Lambert (2), photographe des très beaux portraits, offrent des correspondances rares entre visages et architectures.

 

Hall traversé par une immense poutre de béton et visage féminin, rond, les yeux étonnés, les lèvres charnues, la coiffure bouffante ; volumes.

 

Lignes creusées du visage de l’homme aux cheveux blancs en écho avec les rampes d’escaliers du collège où descendent des élèves ; les entend-il ?

 

Visage androgyne très dessiné, comme l’impressionnant réseau de lignes des gradins et courbes au sol du gymnase (3) : des zones de hand ou basket au contour de sa narine…

 

Arrondis des façades d’un campus dont une courbe se prolonge dans les sourcils et l’arcade du visage féminin ; sensuel.

 

Espace ouvert sur une large baie vitrée : le feuillage des arbres rappelle les cils, sourcils, poils de moustache, cheveux, du visage de jeune homme qui ferme les yeux.

 

Gravité de la douceur adolescente dans le bleu déclinant du ciel ; poésie urbaine d’une tour de banlieue qui s’habille de lumières pour sortir…

 

L’atmosphère a de la gueule  !

 

(1) Galerie d’Architecture, 11 rue des Blancs-Manteaux, 75004

 

(2) Vincent Lambert : https://vincentlambert.fr/

 

(3) Sur place on dirait un circuit imprimé : comment les joueurs s’y retrouvent-ils ?