Aboule la gnoule !

Massacre, Tal-Coat, 1937. Photo BDB

Dans un restaurant, quatre hommes déjeunent ; l’un est chauffeur, il a garé sa voiture devant la porte du garage de l’épicier du coin, maghrébin ; l’épicier reconnaît la voiture et vient demander au chauffeur de déplacer sa voiture…

Les quatre hommes traitent de « bougnoule » l’épicier maghrébin, puis sortent du restaurant avec lui : sur le trottoir, l’un le tient, l’autre, le chauffeur le corrige à coups de poings, les deux autres, assistent à ce rappel à l’ordre des choses entre fachos et maghrébins.

Le patron du chauffeur a son rond de serviette dans le restaurant ; le restaurateur, absent ce jour noir, lui fait part de sa préoccupation ; le patron lui dit « On s’en occupe ».

L’épicier se remet difficilement de ses coups et blessures ; lorsqu’il aperçoit au loin le chauffeur qui conduit le patron vers son déjeuner, il change de rue ; il ne va pas se ruer vers le nouvel épisode d’un feuilleton immonde…

Dans un bar, tard, un rugbyman à la retraite réagit aux propos racistes d’autres fachos ; ils vont s’expliquer sur le trottoir ; l’ancien rugbyman sait se battre, mais en face, ils sont plusieurs, très méchants ; l’un va chercher un flingue et le tue.

Il s’enfuit ensuite vers la guerre ; arrêté juste avant d’arriver là où les armes sont entre elles…

Il a tué, il va être jugé ; les autres n’ont pas tué, juste terrorisé l’épicier qui n’a sans doute pas porté plainte…

Comment résister à la terreur qu’inspirent les fachos ?

Les antifas luttent contre les fachos ; respect !

Dans le tableau Massacre de Tal-Coat, en 1937, outre l’effroi des résistants face à leur massacre imminent, on perçoit sur leurs visages rougis par l’émotion, ce que veut détruire la haine : la dignité.

Comment le restaurateur peut-il résister ? S’il dit au patron du chauffeur, et au chauffeur quand il vient de son côté, qu’il ne veut plus les servir, ils iront manger ailleurs ; mais si tous les restaurants, par solidarité, refusent de les servir, ils vont réfléchir…

A-t-il le droit de refuser de les servir ? Non, selon le code de la consommation, article L121-11, qui interdit le refus de vente, sauf motif légitime ; est-il légitime de refuser de servir le plat du jour à un facho ou celui qui l’emploie ?

Ces fachos, l’un fonçant vers la guerre pour se cacher, l’autre attrapant le premier « bougnoule » qui passe pour se défouler, ignorent que ce mot vient des tranchées de la première guerre mondiale, où les soldats s’enivraient pour tenir ; les maghrébins, lorsqu’ils demandaient de la gnôle à leurs camarades de détresse, disaient : « Aboule la gnoule ! », d’où vient « bougnoule ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. J’avais entendu cette histoire sordide et glaçante de ta bouche, mais c’est autre chose d’en lire la narration, puissante, accompagnée de ce tableau poignant et des ces réflexions.
    La haine est bien ancrée au coeur des hommes, et la Paix n’a qu’un petit chemin, semé de mines… Il faut devenir démineur…

  2. en fait cette histoire fait partie de notre quotidien ou presque : nous sommes tous régulièrement impliqués dans des lâchetés plus ou moins importantes, plus ou moins acceptables, si on peut employer ce terme pour une lâcheté.
    Quitter la table d’une bande d’amis lorsqu’il s’avère que l’un d’entre eux lâche des opinions racistes ou antisémites… “sans le faire exprès” ou même sans qu’il s’en rende véritablement compte n’est pas facile et nous nous trouvons alors quelques “bons arguments” pour ne pas bouger…
    Est-ce grave ? Il n’y a pas me semble-t-il de réponse universelle, toutes les histoires sont différentes, et décider et juger reste une affaire entre nous et nous.

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