Très en formes, Vasarely !

Comme à Thoiry, les zèbres nous accueillent à l’exposition de Vasarely (1). Deux peintures et une encre de Chine. La grande peinture fait plus d’effet vue de l’extérieur de l’exposition à gauche de l’entrée, sinon on est trop près.

 

L’encre de Chine, Zèbres-A, 1938, nous plonge au cœur de l’art du jeune Vasarely ; il a 32 ans. Formé au Mühely, « petit Bauhaus » à Budapest, le hongrois arrive à Paris en 1930, et travaille comme graphiste publicitaire.

 

Zèbres-A ouvre l’univers de Vasarely : les zèbres sont encore zèbres et déjà commence son travail hypnotique : notre regard tourne avec les rayures…

 

Son œuvre à venir est annoncée : styliser la réalité, la passer au tamis des formes pures, les combiner, combiner, combiner… Et nous d’être aspirés !

 

Vasarely utilise ce qu’il trouve là où il est : « Belle-Île, Magnifique ! Je suis fécondé. Il faudrait que je travaille jour et nuit ». Le travail donne Goulphar, 1947.

 

Dans le métro, passant régulièrement par la station Denfert-Rochereau, il observe les carrelages craquelés, imagine des paysages colorés comme Yellan II, 1949-1960. Le métro, excellent moyen de transport !

 

Les craquelures l’inspirent ; il dit à Denise Renée rencontrée au Flore, gênée par son vernis à ongle craquelé : « Mais ce n’est pas si terrible d’avoir un ongle écaillé ! ».

 

Une passion commence ; elle tient une galerie d’art, après s’être essayée à la mode. En 1955, il l’aide à monter l’exposition « Le mouvement » sur l’art optico-cinétique. L’expo, la galerie, la galeriste et l’artiste vont entrer dans l’histoire. Vasarely, 1955, est un grand cru !

 

C’est l’année de Ujjaïn, une peinture en noir et blanc, réseau de lignes verticales et diagonales… qui m’évoquent un carreau cassé dans une maison de rêve.

 

Vasarely veut que tout le monde rêve : il invente un jeu où des petits carrés de couleurs vives se combinent avec des cercles, quasi à l’infini ; le jeu est visible dans une vitrine, Folklore planétaire, participations n°1, 1969.

 

Dans une vitrine… Fini de rire ! Une rétrospective est un hommage, pas une salle de jeu. Dans la reconstitution partielle de la salle à manger de la Deutsche Bundesbank, on ne commande plus de saucisses de Francfort…

 

Cette décoration date des années 70 où le monde respirait Vasarely, d’outre Rhin, donc, à la façade de l’immeuble de RTL ; de la Cité U de Caracas à la gare Montparnasse. Puis l’entrain a déraillé, même sa Fondation d’Aix a failli y passer, mais son petit-fils, Pierre Vasarely, est venu la sauver à la fin des années 2000 (2).

 

Vasarely a écrit : « Je ne suis pas pour la propriété privée des créations. Que mon œuvre soit reproduite sur des km de torchons m’est égal ! Il faut créer un art multipliable ».

 

Vive les torchons imprimés ! Primes à ceux qui font la vaisselle, et si les assiettes sont en porcelaine, Zebras, 1977, la boucle est bouclée !

 

Les ronds, carrés, grossissent, l’hypnose s’amplifie. Devant Szem, 1970, une femme déplore son astigmatisme. Nous sommes tous astigmates devant Vasarely !

 

Retour aux petits ronds, comme les boutons d’une mercerie : Orion MC, 1963.

 

Des murs noirs de la dernière salle – excellente idée de muséographie – jaillissent Vega 222, Vega-Zett 2, Vegaltar, toutes des années 70 ; grosses boules, déformations de lignes et de ronds, retenues dans leurs cadres… Faîtes gaffe quand même !

 

(1) https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cEgR5on/rKGEn7e

 

(2) http://www.fondationvasarely.org/visites-et-activites/les-visites-guidees/