Passons le périf !

Antoine Blondin (1) avait eu l’idée d’un livre où un provincial débarquait à l’entrée de Paris, mais intimidé, n’y entrait pas, faisait le tour des boulevards des maréchaux, de cafés en cafés… Le livre ne fut jamais écrit. Pour arriver aux Maréchaux, le provincial avait passé le périf…

 

Pas de cafés sur le périf (2), qu’on passe pour quitter Paris. « Tu ne me feras pas vivre en banlieue ! » lui dit-elle ou c’est l’inverse, sauf pour les bienheureux célibataires qui évitent ce genre de conversations !

 

Banlieue, mot composé de ban et lieue : le ban remonte au XIIe siècle, traduit l’autorité seigneuriale ; la lieue est le rayon du « cercle » sur lequel le ban s’exerce. Une lieue terrestre représente la distance que parcourt un homme à pieds en 1 heure ; une lieu métrique est égale à 4 km.

 

Jusqu’en 1859, la banlieue commence au-delà des grands boulevards : Montmartre, Clichy, Belleville, Passy, Montrouge, etc, sont des villages en dehors de Paris ; se souvenir comme disait Perec que l’Arc de Triomphe a été construit à la campagne. En1860, Haussmann intègre les 10 villages qui entouraient Paris.

 

Haussmann c’est fini, vive le Grand Paris !

 

Le chantier actuel du Grand Paris Express (3) est à l’échelle des anciens chantiers haussmanniens. Le super métro avec ses 200 km de lignes souterraines autour de Paris va totalement changer la vie des « comuters ».

 

Ce mot anglais est traduit en français par « navetteurs », autant dire jamais traduit, car personne ne parle jamais de navetteurs, alors que pour les anglophones, « comuters » est évident.

 

Paris ne considère pas les banlieusards qui viennent y travailler et en repartent, mais les Parisiens : être ou ne pas être de Paris.

 

Hamlet en rirait : « To be or not to be » from Paris !

 

Rions en autrement en suivant l’un des 10 itinéraires du livre L’autre Paris de Nicolas Le Goff (4), qui invite à explorer l’est, le sud et le nord de Paris, et la proche banlieue, ses friches industrielles, son architecture contemporaine, ses jardins partagés, son street art, ses cafés… La vie !

 

Les cafés indiqués le long de ces balades sont si nombreux qu’ils nous invitent à revenir… en banlieue !

 

(1) Antoine Blondin (1922-1991) fut un génie du verbe. Écrivain, Un singe en hiver, devenu un film culte de Verneuil ; chroniqueur sportif du Tour de France, d’athlétisme et de rugby : articles rassemblés dans L’ironie du sport.

 

(2) Même lorsqu’il sera limité à 50 Km/h et planté d’arbres.

 

(3) Pour en savoir plus sur le Grand Paris Express : https://www.societedugrandparis.fr/gpe/visiter-la-fabrique-du-metro

 

(4) L’autre Paris, 10 promenades dans des quartiers qui réinventent la capitale, 2017, Nicolas Le Goff, Parigramme.