L’urinoir du Saint André des Arts

Le Saint André des Arts est une salle Art et d’Essai, ouverte par Roger Diamantis en 1971(1). Il était grand cinéphile, il devint propriétaire d’un cinéma, pour passer des films dont personne ne voulaient ailleurs.

 

La Salamandre d’Alain Tanner fit 300 000 entrées en 2 ans ; L’Empire des sens de Nagisa Oshima fit 10 000 entrées en 15 jours.

 

Les toilettes hommes du Saint André des Arts ont deux urinoirs sans séparation, un double urinoir en somme ; cette chronique n’a rien de spécifiquement masculin, mesdames, même si l’urinoir l’est, c’est certain.

 

Je les ai visités en allant voir L’ordre des médecins, très bon premier film de David Roux, où le héros, jeune pneumologue, joué par Jeremy Renier, excellent, accueille sa mère dans son hôpital, pour un cancer en phase terminale.

 

Ces toilettes m’ont fait pensé à l’urinoir de Marcel Duchamp – modèle analogue – fabriqué par l’entreprise Robert Mutt, qui fut présenté en 1917 à L’Armory Show, à New-York, sous le nom de Fountain.

 

Fountain fit scandale, l’urinoir fut immédiatement retiré de l’exposition qui se voulait sans règles, mais faut pas exagérer, ce que Duchamp n’omit pas de faire remarquer, tout en passant à la postérité.

 

Pourquoi Duchamp est-il un génie avec son urinoir ? Parce qu’il nous invite à regarder ce que nous négligeons d’habitude.

 

Il a appelé Foutain un Ready made, objet manufacturé, transformé par lui en objet à regarder.

 

L’urinoir du Saint André des Arts est remarquable en étant double, sans séparation, blanc évidemment, mais avec des carreaux bleu foncés qui donnent du raffinement à ce lieu étroit où je m’y suis soulagé en imaginant cette chronique.

 

Dans la famille des Ready made, on trouve aussi : la roue de vélo sur le tabouret (comme socle), le porte-bouteilles (vides), la pelle à neige, le collier de serrage (2), etc…

 

Des objets souvent rangés dans un garage, une cave ; des lieux où l’on peut s’accorder un moment peinard pour regarder, se reposer, rêver, entrer en relation avec soi-même… Préparation mentale idéale pour être prêt le jour venu devant une œuvre d’art.

 

Roger Diamantis disait : « Dans les années 1950-60, nos salles attiraient en grand nombre les spectateurs qui avaient le goût de l’art et essai. Maintenant, beaucoup ont le goût de l’art, mais peu ont gardé le goût de l’essai…».

 

À chaque fois que nous allons voir des œuvres d’art dans une exposition, la collection permanente d’un musée, essayons de regarder assez.

 

(1) Pour en savoir plus sur les Saint André des Arts :

http://cinesaintandre.fr/fr/cinema/

 

(2) Lors de la visite au musée d’art contemporain du Centre Pompidou, j’ai une surprise pour vous avec le collier de serrage…