Les plus belles fesses de l’Orangerie

« Je vous promets du sang et des larmes » disait Churchill en pleine guerre ; avec l’incendie de Notre Dame nous avons eu les larmes sans le sang (1), même si Pâques est passé par là, précédé du vendredi saint et du souvenir du coup de lance dans le flan du Christ. « Notre père qui êtes au cieux, restez-y et nous nous resterons sur la terre qui est parfois si jolie… » écrivait Prévert dans Pater Noster, 1945.

 

« Jolie, jolie, jolie » (2) cette peinture Nu féminin sur fond rose, 1911, de August Macke, présentée dans l’exposition Blaue Reiter actuellement à l’Orangerie jusqu’au 17 juin 2019 (3).

 

August Macke fut un peintre allemand au talent fulgurant (1887-1914), associé à Franz Marc (4) dans l’aventure éphémère du Cavalier Bleu entre 1910 et 1912, dans laquelle Kandinsky joua un grand rôle ; puis Macke se fâcha avec les deux autres, comme s’il sentait le temps s’accélérer  – il allait mourir à la guerre en 1914, Marc aussi en 1916 – et qu’il fallait aller à l’essentiel, quitte à y aller seul …

 

Deux peintures de Macke sont sublimes : Torrent de forêt  et Nu féminin sur fond rose.

 

Le haut du torrent ressemble à une silhouette féminine qui se déhanche, les bras écartés ; le bas, à une patte d’ours blanc. Les deux rives ont l’air de banquettes vertes mouchetées de fleurs multicolores ; l’esprit fauve explose !

 

Et ce nu : Élisabeth, la femme d’August Macke a posé. Le jeune couple s’aimait beaucoup – ils se sont rencontrés en 1903, August avait 16 ans ; coup de foudre, mais mariage après l’orage, en 1909.

 

Savoir que cette femme nue s’offrait à son mari ferait-il de nous des voyeurs ?

 

C’est selon, les uns voient une peinture, d’autres une occasion de la décrire dans un sms : « Je suis à l’Orangerie devant un nu : les fesses et le dos rebondissent, les bras ont un air mutin ; comme toi… »

 

Nous sommes ici à la croisée de deux chemins : celui de la culture qui nous fait aller voir des expositions et celui de notre vie intime qui s’embrase en regardant une peinture lorsqu’elle nous touche au point de rappeler la formule géniale de Robert Filliou (5) : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ».

 

Merci Macke de (r)allumer le feu !

 

(1) Seul un pompier a été grièvement blessé.

 

(2) Bourvil chante Salade de fruits de Trénet

 

(3) Voici le lien : https://www.musee-orangerie.fr/fr/evenement/franz-marc-august-macke-laventure-du-cavalier-bleu

 

(4) Je présente ici deux tableaux de Macke, aucun de Franz Marc, pourtant aussi présent dans cette exposition ; Macke m’a tapé dans l’œil, pas Marc.

 

(5) Robert Filliou (1926-1987) fut un artiste contemporain du mouvement Fluxus, concerné par les rapports entre l’art et la vie ; Filliou se considérait comme un génie sans talent, un génie, à coup sûr !