Le titre

Le titre d’une œuvre d’art ne nous intéresse pas forcément. Soit l’œuvre nous bouleverse et son titre n’y change rien ; soit l’œuvre ne nous intéresse pas, et ce n’est pas son titre qui va nous retenir. Par contre, il est plus intéressant pour notre liberté de regard de ne pas commencer par regarder le titre de manière à laisser notre regard vivre sa vie.

 

Sa vie dépend du temps du regard qui lui-même est lié à la liberté que nous nous donnons : est-ce la durée du regard qui nous donne la liberté de nous évader dans l’œuvre, ou la liberté de notre regard qui nous permet d’accéder avec du temps à une autre dimension dans l’œuvre ?

 

Plus nous regardons plus nous devenons libres ; plus nous sommes libres, plus nous regardons ce que nous voulons.

 

Regarder souvent, plus souvent, régulièrement, c’est une pratique, un entrainement, comme un musicien joue tous les jours, un peintre peint, un sculpteur sculpte, un écrivain écrit, un cuisinier cuisine, un œnologue boit et recrache ; sans entrainement régulier, pas de fulgurance possible.

 

Notre regard prolongé nous fait voyager dans l’œuvre et dans notre esprit ; quel titre donnons-nous à ce voyage ?

 

Il se prolongera la prochaine fois que nous reviendrons voir cette œuvre, seul, ou pour la montrer à un ami, ou même lorsque cet ami venu après nous avoir entendu en parler l’aura rebaptisée.

 

Transformons le jeu du cadavre exquis des Surréalistes : tenons un carnet des différents titres que nous donnons au fur à mesure aux œuvres qui nous impressionnent, nous et nos amis ; relions les titres entre eux à chaque fois que nous voyons nos amis en buvant de bonnes bouteilles sans recracher…