La Joconde ou Jean Fautrier ?

La Joconde prend son iphone ; elle dit à son agent, Dominique Besnehard : je ne veux plus sourire tout le temps ; je ne veux plus être seule ; je veux aller dans La Cène de Léonard où ils sont déjà 13, rien que des hommes, ils vont me brancher, ça me changera… Il répond : le sourire c’est dans le contrat ; Da Vinci Code va avoir une suite avec Léonardo Di Caprio. Là c’est le délire, La Joconde devient une groupie…

 

C’est l’un des épisodes d’Amusez-vous Amusez-moi, la nouvelle série courte d’Arte dirigée par Fabrice Maruca. 30 épisodes de 2mn ; 10 œuvres, donc 3 épisodes par œuvre. C’est léger, rapide, décalé. Drôle ?

 

Sur les 6 premiers épisodes, seul Le tricheur à l’As de carreau de Georges de la Tour est drôle ; la confusion entre la belotte et la prime marche bien. Les autres épisodes sont faibles, poussifs ; ainsi La Joconde devient comme ceux qui la regardent : elle a son iphone, ses envies de changer de vie, de partir, d’être draguée…

 

Pourquoi singer les œuvres d’art ? Pour que les musées nous amusent selon Arte. C’est là le problème ! Les œuvres d’art sont d’abord des morceaux de poésie qui nous aident à rêver, nous évader, explorer nos parts sombres ou drôles, cela dépend de ce qui nous arrive quand nous les regardons ; le rire viendra s’il doit venir…

 

Ces vidéos incitent-elles ceux qui les regardent à aller voir les originaux dans les musées ? Non, elles proposent le contraire : à chaque fois les personnages des tableaux deviennent ridicules. On est invité à rire à leur dépends.

 

Et si le problème ne venait pas des œuvres d’art, mais de la volonté désespérée de la télé de parler d’elles dans un format court. Regarder les œuvres d’art et le reste se passe d’autant mieux qu’on y consacre du temps ; la série Palette avec ses 20 mn par œuvre fut exemplaire.

 

Alors, si vous voulez être collés au mur par des œuvres fortes, allez au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris : une exposition de Jean Fautrier vient de commencer.

 

Jean Fautrier ? Non seulement personne ne le connaît, mais en plus il ne risque pas d’avoir sa vidéo dans Amusez nous Amusez moi, ses personnages, quand il y en a, sont à peine esquissés.

 

Jean Fautrier, né en 1898, mort en 1964, a laissé une œuvre puissante, délicate, dont Les Otages, en 1945. Dans les années 1930, la crise aidant, il du faire autre chose. Il fut moniteur de ski à Tignes, et monta une boite de nuit La grande Ourse, à Val d’Isère ; on dirait un gag, mais c’est vrai !

 

Jean Fautrier est un immense artiste.