Ile Seguin : ce gain de culture

En 1898, Louis Renault construit sa première voiture à Boulogne-Billancourt là où demeure l’ancien siège social de Renault, bâtiment en brique, visible dans la partie est du Trapèze, l’éco quartier sorti de terre une fois l’usine fermée en 1992, le sol dépollué et désamianté.

 

L’ile Seguin est achetée par Renault en 1919 pour installer l’usine ultramoderne, la plus grande de France, terminée en 1934.

 

Pendant la guerre, Renault produit des camions pour l’armée allemande, donc l’usine est bombardée en 1942 et 1943 ; en 1944, accusé de collaboration, Louis Renault se retrouve en prison pour y mourir.

 

Mais Renault ne fut pas la seule grand entreprise à travailler pour les Allemands : Citroën, Simca, Berliet, et d’autres en ont fait autant ; la notoriété de Renault l’a plus exposée que les autres.

 

En 1945, Renault est nationalisée ; en 1947, les grèves commencent, l’usine devient le centre des luttes, d’où la formule : « Quand Renault tousse, la France s’enrhume ».

 

Après 1992, Renault ferme. Sur l’île tout va disparaitre, jusqu’à ce que La Seine Musicale jaillisse en 2017 à la pointe avale.

 

Dessinée par Shigeru Ban (1) et Jean de Gastines, elle ressemble à un paquebot dont la figure de proue est une énorme boule à facettes, autour de laquelle pivote une voile de panneaux solaires.

 

À la pointe amont, le chantier avance pour produire en 2022-23 un centre culturel dédié à l’art contemporain, avec le trio catalan RCR Architectes, et un hôtel « arty » dessiné par l’agence autrichienne Baumschlager Eberle.

 

Entre La Seine Musicale et la pointe amont, il y aura un campus numérique ; et puis un terrain de foot, une piscine, une salle multi-sports. Bien entendu, l’ensemble sera bordé d’allées plantées…

 

Jean Nouvel a conçu l’urbanisme de l’île avant de la quitter comme il avait quitté avant la fin, le chantier de la Philharmonie à l’autre bout de Paris ; diagonale de Nouvel, d’un pôle culturel à l’autre ; au nord est à la limite du périph et au sud ouest en aval du pont du périph aval.

 

Ancien lieu de production mythique des 4 CV, des Dauphines et autres Super 5 – un enfer pour les OS qui travaillaient à la chaine – l’île va devenir, avec ce gain de culture, un paradis dont « l’ange organisateur », Pierre-Christophe Baguet, est député maire LR de Boulogne-Billancourt.

 

Le paradis n’existe pas, mais le soir depuis le pont de Sèvres ou en passant en bateau (2), La Seine Musicale s’apprécie en silence en rêvant la vie des passagers imaginaires dans leurs cabines dont les hublots sont allumés…

 

Blague à part, comment entretenir la mémoire ouvrière de l’usine Renault ? En regardant Les hommes de Billancourt, documentaire réalisé en 2018 par Caroline Pochon ; témoignages d’OS, chefs d’atelier, ingénieurs, directeurs, syndicalistes, images d’archives… Bouleversant ! (3).

 

(1) Shigeru Ban est le spécialiste de l’architecture d’urgence post tremblements de terre ; l’un de ses matériaux de prédilection est le carton.

 

(2) Les croisières parisiennes n’y vont évidemment pas ; elles ne dépassent pas la Statue de la Liberté au pont de Grenelle. Clairement, il faut inventer une nouvelle croisière : au boulot !

 

(3) Le documentaire est en deux parties de 28 mn : https://rutube.ru/video/39f0dc53e7fdb091bf2d298be418a1f4/