Elle flotte au bord de la mer

C’est un coin tranquille au bord de la mer. Une femme nue s’est allongée. Dans la vraie vie, elle aurait pris une journée de RTT. Dans la mythologie, c’est une Bacchante. Dans l’histoire de l’art, cette Bacchante au bord de la mer est peinte par Camille Corot, en 1865. Ce tableau qui fait partie de la collection permanente du MET à New York, est visible dans l’exposition Corot, le peintre et ses modèles, actuellement au musée Marmottan (1)

 

« Corot contemplait (ses modèles) dans son cœur avant de les retrouver sur sa toile » écrit Elie Faure, le grand historien d’art, qui ajoute « nous ne savons presque rien sur la genèse de ces figures, sauf qu’il autorisait le modèle à bouger, à marcher, à causer, à chanter, à rire, voire à dormir – à vivre – pendant la pose, le trouvant ainsi plus touchant. » (2)

 

Les Bacchantes s’enivraient avec Bacchus et devenaient violentes… Mais la Bacchante au bord de la mer est douce, comme est douce la plage recouverte d’herbe mouchetée de tâches blanches ; sa serviette beige claire est mouchetée de noir, façon peau de panthère.

 

Quand je la regarde de près, son corps lumineux m’enivre. Son petit lacet bleu dans ses cheveux bruns me touche. Le musée va fermer, le gardien m’attend ; je m’en vais, mais je me retourne, elle semble flotter… Pas sur la mer, non, flotter au bord de la mer, dans l’espace.

 

Espace pictural ? Lorsque je la vois flotter, je ne pense plus peinture ; je ne pense qu’à elle. J’aimerais être son ami ; demain nous aurions rendez-vous sur cette plage…

 

Si demain elle n’est pas là, je crierai « Aline ! pour qu’elle revienne » comme dans la chanson de Christophe et le gardien chantera avec moi ; il me l’a promis.

 

Mais où serait-elle sinon sur sa toile, bien au-delà de la barrière de corail ? Sacré Corot !

 

(1) http://www.marmottan.fr/

 

(2) Elie Faure Corot Les Éditions de Paris ; un petit livre passionnant.